Beijing mise tout sur les nouvelles technologies pour relancer sa croissance, mais la stratégie montre ses limites. Entre une crise immobilière qui plombe le PIB et un retard grandissant sur les États-Unis dans le domaine de l'intelligence artificielle, l'économie chinoise se retrouve prise au piège, de plus en plus dépendante des exportations et menacée par un chômage de masse.

Depuis plusieurs années, Pékin tente de pivoter son modèle économique. Face à un secteur immobilier en pleine déconfiture, qui représentait autrefois plus d'un quart de son économie, le gouvernement a massivement investi dans ce qu'il considère comme les industries du futur.

Elle cherche à atteindre une autosuffisance technologique et maintenir un objectif de croissance ambitieux, autour de 5 % par an. Mais les chiffres récents jettent une ombre sérieuse sur cette stratégie.

Une croissance high-tech en trompe-l'œil ?

Selon une analyse du cabinet de recherche américain Rhodium Group, la contribution des nouvelles industries est loin de compenser l'effondrement de l'ancien modèle.

Entre 2023 et 2025, des secteurs comme l'intelligence artificielle, la robotique ou les véhicules électriques n'ont ajouté que 0,8 point de pourcentage à la production économique. Dans le même temps, l'immobilier et d'autres piliers traditionnels ont chuté de 6 points de pourcentage, créant un profond déséquilibre.

Huawei Ascend CANN

Le verdict est sans appel pour les analystes : « La stratégie de croissance de la Chine ne fonctionnera pas ». Pour que le pari technologique soit gagnant et soutienne les objectifs de PIB, il faudrait que les nouvelles industries multiplient par sept leurs investissements au cours des cinq prochaines années.

Un rythme de croissance jugé insoutenable, même pour des secteurs en plein essor comme les véhicules électriques, qui pourraient déjà avoir atteint leur pic de croissance.

Le spectre du chômage et des tensions commerciales

Au-delà des chiffres, cette focalisation sur la haute technologie pourrait avoir des conséquences sociales et géopolitiques dévastatrices. Les nouveaux secteurs industriels, bien que proposant des salaires plus élevés, emploient beaucoup moins de main-d'œuvre que les industries traditionnelles.

L'automatisation croissante des usines, couplée à la part déjà massive de la Chine dans la production manufacturière mondiale (30 %), pourrait entraîner la perte de 100 millions d'emplois au cours de la prochaine décennie, selon les estimations de la société d'investissement KKR.

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Ce risque de chômage de masse, dans un contexte où le taux de chômage des jeunes dépasse déjà les 15 %, crée une situation explosive. Incapable de générer une demande intérieure suffisante, Pékin n'aurait d'autre choix que de se tourner encore plus vers l'exportation pour écouler sa production.

Cette dépendance accrue aux marchés étrangers ne ferait qu'exacerber les tensions commerciales existantes, poussant l'Union européenne et d'autres partenaires à suivre les États-Unis dans l'imposition de barrières douanières.

L'aveu de faiblesse face au géant américain

Le coup le plus dur porté à l'ambition chinoise vient peut-être de ses propres rangs. Des responsables de géants technologiques comme Alibaba, Tencent et Zhipu AI ont publiquement averti que la Chine avait très peu de chances de rattraper son retard sur les États-Unis.

Lin Junyang, un scientifique d'Alibaba, a même chiffré cette probabilité, estimant qu'il y avait « moins de 20 % de chances » qu'une entreprise chinoise dépasse des leaders comme OpenAI ou Google DeepMind dans les trois à cinq prochaines années.

La raison principale de ce pessimisme est claire : les restrictions américaines sur l'exportation de puces avancées, notamment celles de Nvidia. Ces composants sont indispensables pour entraîner les modèles d'IA les plus performants.

Les experts chinois soulignent que les ressources de calcul américaines sont « un à deux ordres de grandeur plus importantes », condamnant la Chine à être constamment à la traîne.

Cet aveu public souligne la fragilité d'une stratégie qui, prise entre les difficultés économiques internes et les barrières technologiques externes, semble mener le pays dans une impasse...ou à la pousser vers des extrêmités guerrières.