Le concept, popularisé par la Tesla Model S dès 2012, semblait pourtant ingénieux. Intégrer les poignées à la carrosserie permet de réduire la traînée aérodynamique et de gagner quelques précieux kilomètres d'autonomie.

L'idée a rapidement séduit une grande partie de l'industrie, au point que près de 60% des 100 modèles de véhicules à énergie nouvelle les plus vendus en Chine en sont équipés.

Mais la Chine devient le premier pays à interdire les poignées de porte dissimulées sur les voitures, une mesure de sécurité radicale suite à plusieurs accidents mortels.

Cette technologie est jugée dangereuse en cas de panne électrique. La nouvelle réglementation, effective en 2027, force tous les constructeurs à revoir en profondeur leurs designs.

Un design épuré au lourd tribut

Derrière cette recherche d'épure et d'efficience se cachait un risque mortel. Plusieurs accidents tragiques ont mis en lumière la vulnérabilité de ces systèmes. En cas de collision entraînant une panne de courant, les portes électriques deviennent impossibles à ouvrir de l'extérieur, piégeant les occupants.

Un accident impliquant une Xiaomi SU7 à Chengdu a particulièrement marqué les esprits, les témoins étant restés impuissants face au véhicule en flammes.

Le problème n'est pas confiné à la Chine. Aux États-Unis, Tesla fait face à un procès suite à un accident mortel de Cybertruck où les passagers ont été piégés par le feu.

Une enquête de Bloomberg a même recensé 140 incidents de personnes bloquées dans leur Tesla à cause de ces fameuses poignées. Ces drames ont forcé les régulateurs à réévaluer la priorité entre l'esthétique et la sécurité fondamentale des passagers.

La réponse réglementaire de Pékin : des normes précises

Face à la multiplication des incidents, le ministère chinois de l'Industrie et des Technologies de l'Information a publié une nouvelle réglementation sans équivoque.

À partir du 1er janvier 2027, toutes les voitures vendues sur le territoire devront être équipées d'un mécanisme de déverrouillage manuel accessible depuis l'intérieur comme de l'extérieur pour chaque porte.

Les spécifications sont très claires : les poignées extérieures devront proposer un espace d'au moins 6 cm sur 2 cm sur 2,5 cm pour permettre une prise manuelle. À l'intérieur, le mécanisme d'urgence devra être clairement visible et indiqué.

Cette décision force les constructeurs à abandonner le "tout électrique" pour revenir à une solution mécanique de secours, un retour pragmatique à la sécurité de base.

Un impact majeur pour Tesla et l'industrie automobile

Cette décision représente un défi de taille pour de nombreux constructeurs, obligés de revoir le design de leurs modèles phares. Si les véhicules déjà approuvés bénéficient d'un sursis de deux ans pour se conformer, la mesure impacte directement des géants comme Tesla, Xiaomi ou Aion.

Pour Elon Musk, dont l'entreprise est déjà confrontée à une concurrence féroce en Chine, c'est un nouveau coup dur sur son deuxième plus grand marché.

La Chine, étant le plus grand marché mondial pour les véhicules électriques, donne le ton. Cette nouvelle norme, une première mondiale, pourrait bien inspirer d'autres pays et redéfinir les standards de conception automobile à l'échelle globale.

La question qui se pose désormais est de savoir si l'Europe et les États-Unis suivront la voie tracée par Pékin, forçant l'industrie à choisir définitivement entre le design futuriste et la protection des vies.