Le rapport de TRM Labs pour 2026 révèle une professionnalisation inquiétante de l'écosystème criminel. Loin d'être des actes isolés, ces opérations s'appuient sur des infrastructures sophistiquées et des stratégies coordonnées. Paradoxalement, malgré cette augmentation en valeur absolue, la part des transactions illicites dans le volume total des échanges de cryptomonnaies a légèrement diminué, passant de 1,3 % à 1,2 % en 2025. Cela montre que si l'écosystème légitime continue sa croissance, une fraction de celui-ci est utilisée pour des montants criminels de plus en plus importants.
Quels facteurs expliquent cette augmentation spectaculaire des flux illicites ?
L'essor des activités illicites est directement lié au contexte géopolitique mondial. Les sanctions économiques imposées à certains pays les ont poussés à se tourner vers les cryptomonnaies comme une alternative viable au système bancaire traditionnel. La Russie joue un rôle central dans cette dynamique. En réponse aux sanctions, le pays a favorisé l'usage du A7A5, un stablecoin adossé au rouble qui a traité à lui seul plus de 72 milliards de dollars de volume. Cette initiative illustre une stratégie délibérée pour réduire la dépendance au dollar américain.
D'autres nations ont suivi une voie similaire. L'Iran et le Venezuela, également sous le coup de sanctions sévères, ont institutionnalisé l'usage des actifs numériques pour des paiements à grande échelle et des services financiers. Parallèlement, la Chine s'est imposée comme une plaque tournante pour les infrastructures de blanchiment d’argent, avec des réseaux traitant plus de 100 milliards de dollars. Ces services sophistiqués sont utilisés par un large éventail d'acteurs, des cybercriminels aux entités cherchant à contourner les sanctions.
Comment les acteurs criminels et étatiques opèrent-ils concrètement ?
Les stablecoins sont devenus l'outil de prédilection des réseaux criminels, représentant près de 95 % des flux entrants vers les entités sanctionnées. Leur faible volatilité et leur facilité de transfert transfrontalier en font le véhicule parfait pour les transactions illicites. Cette préférence pour les actifs stables reflète une adaptation des acteurs illicites face à une surveillance accrue et au risque de gel de leurs avoirs sur d'autres types de cryptomonnaies.
Au-delà des transactions financières, les fonds illicites proviennent également de hacks de grande envergure. La Corée du Nord, via des groupes de pirates comme Lazarus, s'est illustrée en dérobant plus de 2 milliards de dollars en 2025. Ces groupes s'appuient sur une véritable « chaîne d'approvisionnement » du crime, utilisant des services de mixage, des plateformes d'échange à haut risque et des courtiers OTC pour blanchir les fonds volés. Cette professionnalisation du crime rend la traçabilité des fonds de plus en plus complexe pour les autorités.
Au-delà des chiffres, quelle est la nouvelle réalité du risque crypto ?
Face à cette complexité, les entreprises d'analyse de blockchain affinent leurs méthodes. TRM Labs a par exemple introduit un nouvel indicateur qui mesure le risque non pas par rapport au volume total des transactions, mais par rapport aux liquidités disponibles sortant des plateformes d'échange. Selon cette approche, les entités illicites ont capturé 2,7 % du capital réellement déployable en 2025, un chiffre bien plus parlant sur leur impact économique réel. L'amélioration de la détection, notamment grâce à des outils collaboratifs comme le Beacon Network, permet également d'identifier plus rapidement les adresses suspectes.
Une autre tendance alarmante est la convergence entre la criminalité en ligne et la violence physique. Les analystes rapportent une augmentation inquiétante des agressions, des kidnappings et des extorsions visant à forcer les détenteurs de cryptomonnaies à transférer leurs actifs. Cette évolution montre que les risques ne sont plus seulement virtuels et soulignent l'urgence d'une régulation et d'une coopération internationale renforcées pour protéger les utilisateurs et la sécurité nationale.