La prolifération des centres de données à travers le monde soulève des questions de plus en plus vives. Une nouvelle analyse, basée sur le cas historique de la Virginie, un bastion de cette industrie, dresse un constat sévère. En 2024, on estime que seulement 23 000 personnes occupaient des postes permanents dans des data centers aux États-Unis. Ce chiffre, bien que non négligeable en valeur absolue, ne représente qu'environ 0,01 % de l'emploi total du pays. Le contraste est saisissant lorsque l'on observe que cette même industrie est responsable de plus de 4 % de la consommation électrique nationale, une part qui ne cesse de croître.
Comment l'industrie justifie-t-elle son expansion massive ?
Face à des impacts environnementaux, sociaux et économiques de plus en plus documentés, l'industrie des data centers met régulièrement en avant un argument phare : la création d'emplois stables et bénéfiques pour les territoires d'accueil. Cette affirmation est pourtant sérieusement mise à mal par les nouvelles données. Le secteur, dont l'expansion est largement tirée par l'émergence non réglementée de l'intelligence artificielle et des cryptomonnaies, provoque déjà des dommages considérables dans les communautés affectées.
Parmi les conséquences directes, on note une flambée des coûts d'électricité pour les familles et les petites entreprises, ainsi que des menaces sérieuses sur la stabilité des systèmes locaux d'approvisionnement en eau potable. L'argument de l'emploi apparaît donc comme une justification de plus en plus fragile face à des nuisances bien réelles et mesurables, qui pèsent lourdement sur les infrastructures et les habitants.
Quel est le véritable coût d'un emploi dans un data center ?
L'étude va plus loin en analysant le ratio entre l'investissement et les postes créés. En Virginie, les chiffres sont sans appel : l'investissement requis pour générer un seul emploi permanent dans un centre de données est près de 100 fois supérieur à celui nécessaire pour créer un emploi dans n'importe quel autre secteur de l'économie. Ce gouffre financier remet fondamentalement en question le modèle économique vanté par les promoteurs de ces infrastructures énergivores.
Mitch Jones, de Food & Water Watch, qualifie les affirmations de l'industrie sur la prospérité économique et la création d'emplois de « complètement absurdes ». Selon lui, il devient urgent de mettre en place un arrêt complet de la construction de nouveaux data centers pour permettre aux autorités locales et nationales d'évaluer correctement l'ensemble des problèmes générés par cette industrie avant qu'il ne soit trop tard.
Quelle est l'ampleur de l'impact environnemental à venir ?
Les projections pour les années à venir sont particulièrement inquiétantes. La demande énergétique des data centers aux États-Unis pourrait tripler d'ici 2028. Une analyse antérieure de Food & Water Watch estime que, d'ici cette date, les centres de données liés à l'IA pourraient consommer annuellement une quantité de ressources astronomique. On parle d'une consommation d'eau équivalente à plus d'un million de piscines olympiques.
En ce qui concerne la consommation électrique, elle pourrait atteindre 300 térawattheures par an, soit de quoi alimenter plus de 28 millions de foyers américains. Face à cet impact environnemental grandissant, plus de 230 organisations ont récemment adressé une lettre au Congrès américain pour réclamer un moratoire national sur l'approbation et la construction de nouveaux data centers.