Le secteur technologique est secoué par des vagues de licenciements sans précédent. Microsoft, Amazon, HP... Les annonces de suppressions de postes se sont multipliées, créant un climat d'anxiété palpable sur le marché du travail. Très souvent, l'intelligence artificielle est pointée du doigt, perçue comme la cause directe de ces restructurations massives. Pourtant, une voix dissonante se fait entendre au cœur de l'industrie. Lors du salon CES de Las Vegas, Lisa Su, la dirigeante d'AMD, a offert une perspective radicalement différente, assurant que son entreprise ne ralentit pas la cadence des recrutements, bien au contraire.
Quels profils sont réellement recherchés à l'ère de l'IA ?
« Nous n'embauchons pas moins de personnes », a martelé Lisa Su, précisant que son entreprise est en pleine croissance. La nuance, et elle est de taille, réside dans la nature des profils recrutés. Le changement clé est l'émergence d'une nouvelle exigence : être « AI forward ». AMD ne cherche plus simplement des ingénieurs ou des développeurs, mais des professionnels qui « embrassent pleinement » cette technologie et comprennent comment l'intégrer dans les processus de travail quotidiens.
Lisa Su
L'objectif est clair : augmenter de manière significative la productivité interne. En misant sur des talents capables de manier l'IA, AMD espère accélérer ses cycles de conception, de fabrication et de test de puces. Cette stratégie vise directement à venir concurrencer Nvidia, l'actuel leader incontesté du marché des processeurs graphiques (GPU) qui sont au cœur de l'entraînement des modèles d'IA. Il ne s'agit donc pas d'une réduction d'effectifs, mais d'une mutation des compétences recherchées.
L'intelligence artificielle est-elle un outil ou un remplaçant ?
Pour la dirigeante d'AMD, le débat sur le remplacement de l'humain par la machine n'a pas lieu d'être. Elle positionne l'intelligence artificielle non pas comme un substitut, mais comme un puissant levier d'augmentation des capacités humaines. « Il ne s'agit pas de remplacer les gens, il s'agit en fait d'augmenter notre productivité », a-t-elle expliqué. Concrètement, cela signifie pouvoir développer plus de produits simultanément ou réduire drastiquement le temps de conception d'une puce, passant potentiellement de trois ans à six mois.
Cette vision fait écho à d'autres grandes transformations technologiques. Lisa Su compare d'ailleurs l'impact de l'IA à celui de la Révolution Industrielle, suggérant un changement bien plus fondamental et structurel que ne le fut l'avènement d'internet. L'IA n'est pas seulement un canal de communication, c'est un outil fondamental qui redéfinit la manière même de travailler et de résoudre des problèmes complexes, bien au-delà des simples tâches répétitives.
Pourquoi ce discours se heurte-t-il à la réalité du marché ?
La perspective optimiste de la PDG d'AMD tranche avec les analyses de certains observateurs économiques. Neel Kashkari, président de la Réserve fédérale de Minneapolis, a par exemple affirmé que l'IA poussait de nombreuses grandes entreprises à ralentir leurs embauches. Cette affirmation est corroborée par des chiffres alarmants. Selon une étude du cabinet Challenger, Gray & Christmas, plus d'un million de licenciements ont eu lieu aux États-Unis sur les dix premiers mois de 2025, une hausse de 65 % par rapport à l'année précédente.
Le rapport identifie d'ailleurs l'adoption de l'IA comme l'un des trois facteurs clés expliquant cette vague de départs, aux côtés du ralentissement des dépenses et de la hausse des coûts. Le discours rassurant de Lisa Su, bien que valable pour son entreprise en pleine expansion, se confronte donc à une réalité macroéconomique plus sombre où l'IA semble, pour l'instant, être davantage un prétexte aux restructurations qu'un simple catalyseur de nouvelles compétences.