Après plus d'une décennie à la tête de la recherche, Yann LeCun quitte Meta avec fracas. Le scientifique dénonce des résultats enjolivés sur Llama 4 et une stratégie « tout LLM » qu'il juge sans issue.

En désaccord profond avec Mark Zuckerberg et la nouvelle direction incarnée par Alexandr Wang, il lance sa propre structure pour poursuivre sa vision d'une intelligence artificielle avancée.

Le climat était devenu intenable au sein des laboratoires de la firme de Menlo Park. Alors que Yann LeCun jouissait jusqu'ici d'une liberté académique quasi totale, assimilée à une carte blanche, la pression économique a radicalement changé la donne.

L'urgence de rentabiliser les investissements massifs dans l'intelligence artificielle a poussé la direction à privilégier des produits immédiatement commercialisables, au détriment de la recherche exploratoire chère au scientifique français.

La rupture de confiance et l'affaire Llama

Le point de bascule semble avoir été atteint lors du développement des dernières itérations des modèles de langage de l'entreprise. Selon les révélations récentes, Mark Zuckerberg aurait perdu confiance en ses équipes historiques après la découverte de pratiques douteuses concernant les performances de Llama 4.

Les résultats des tests de référence auraient été artificiellement gonflés, ou "arrangés", pour masquer un retard technologique face à la concurrence.

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Cet épisode a provoqué une onde de choc en interne, conduisant à la mise à l'écart de l'organisation dédiée à l'IA générative. Face à ce qu'il perçoit comme une trahison de l'intégrité scientifique, le fondateur du laboratoire FAIR a vu son influence s'effriter.

La direction a alors opéré un virage brutal, délaissant les idées novatrices mais risquées pour se concentrer sur des solutions éprouvées et sécurisantes, une stratégie que le chercheur qualifie d'erreur fondamentale menant inévitablement au déclin.

Un conflit de génération et de vision

Pour tenter de redresser la barre, la maison mère de Facebook a orchestré un recrutement spectaculaire en s'offrant les services d'Alexandr Wang, fondateur de Scale AI, dans le cadre d'une opération estimée à 14 milliards de dollars.

Ce jeune dirigeant de 28 ans a été propulsé à la tête des nouveaux laboratoires de superintelligence, devenant de facto le supérieur hiérarchique du vétéran français.

Meta ARM datacenter

Cette nouvelle structuration n'a pas manqué de créer des frictions immédiates. Le lauréat du prix Turing n'a pas mâché ses mots, qualifiant son nouveau patron d'inexpérimenté en matière de recherche fondamentale.

Il a fermement rappelé qu'on ne dicte pas sa conduite à un chercheur de son calibre, soulignant l'absurdité de voir un profil aussi junior tenter de piloter des travaux scientifiques complexes, rapporte Futurism. Cette incompatibilité d'humeur et de méthode a précipité la fin de leur collaboration.

L'impasse technologique des modèles de langage

Au-delà des querelles de personnes, c'est une divergence philosophique majeure qui motive ce départ. Le scientifique maintient depuis longtemps que les grands modèles de langage (LLM) constituent une impasse technologique pour atteindre une véritable superintelligence.

Selon lui, ces systèmes, aussi impressionnants soient-ils, restent limités par leur incapacité à comprendre le monde physique et ne font que manipuler des probabilités linguistiques.

Persuadé d'avoir raison contre la tendance actuelle qui a « contaminé » les équipes de Meta, il entend désormais prouver la validité de son approche à travers sa nouvelle start-up, Advanced Machine Intelligence Labs.

Il mise sur le développement de modèles du monde, capables d'apprendre à partir de vidéos et de données spatiales, une voie qu'il estime être la seule capable de franchir les prochains caps décisifs de l'intelligence artificielle.