Lancée en grande pompe par l'administration Trump fin 2024, l'initiative « Department of Government Efficiency » (DOGE) se voulait une thérapie de choc pour la bureaucratie américaine.

Dirigée par le fantasque Elon Musk, elle affichait un objectif démesuré : débusquer et éliminer 2 000 milliards de dollars de « gaspillage, fraude et abus ». Pourtant, un an plus tard, le décalage avec ces ambitions est saisissant.

Des économies fantômes et un coût humain bien réel

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Des 2 000 milliards de dollars promis, les estimations les plus généreuses, issues du propre site de suivi de l'initiative, évoquent à peine 214 milliards de dollars de dépenses coupées, un chiffre lui-même jugé peu fiable et surévalué par de nombreux observateurs.

Le projet DOGE n'a même pas réussi à freiner la croissance globale des dépenses fédérales en 2025.

DOGE Department of Government Efficiency

En revanche, l'impact sur l'emploi public fut brutal. En moins de dix mois, près de 271 000 emplois publics ont été supprimés, soit une réduction de 9 % des effectifs civils du gouvernement.

Cette purge, qualifiée par le Cato Institute de « plus grande réduction d'effectifs en temps de paix depuis la Seconde Guerre mondiale », a contribué à la hausse du taux de chômage national tout en étant critiquée pour avoir « coupé dans le muscle plutôt que dans la graisse », affaiblissant des services essentiels par méconnaissance du terrain.

Un démantèlement aux répercussions mondiales

L'un des chapitres les plus sombres de cette opération reste sans conteste le démantèlement de l'USAID, l'agence américaine pour le développement international, que Musk s'était vanté de passer « à la broyeuse ».

Cette décision a provoqué des conséquences humanitaires dévastatrices à travers le globe, en interrompant brutalement le financement de programmes vitaux qui permettaient également aux Etats-Unis d'exercer une influence sur des zones désormais lorgnées par d'autres blocs géographiques.

Les rapports d'organisations internationales sont alarmants. Au Mozambique, les traitements antirétroviraux contre le VIH ont chuté d'un quart, tandis qu'en Afrique du Sud, la baisse atteint un tiers.

La Fondation Gates a même publié une étude montrant que 2025 serait la première année depuis des décennies à connaître une hausse de la mortalité infantile mondiale, une tragédie directement liée aux coupes dans l'aide humanitaire.

La situation a fait dire à Bill Gates que « l'homme le plus riche du monde a été impliqué dans la mort des enfants les plus pauvres du monde ».

Un héritage de méfiance et des questions en suspens

Au-delà du fiasco économique et humain, l'héritage de DOGE est entaché par de graves préoccupations sur la gestion des données. Des rapports ont révélé que les équipes de Musk ont eu un accès sans précédent aux données privées de millions de citoyens américains (numéros de sécurité sociale, dossiers médicaux) dans des environnements cloud « sans contrôles de sécurité vérifiés ».

xAI Grok

Cette négligence a fait naître la crainte d'une violation massive de la vie privée, dont l'ampleur reste encore à déterminer. Aujourd'hui, DOGE n'existe plus en tant qu'entité centralisée, mais son esprit perdure à travers des agents disséminés dans diverses agences et des initiatives locales qui tentent de répliquer le modèle, comme en Floride.

Cependant, la marque est ternie. Musk lui-même, lors d'une interview, a qualifié l'expérience de « quête secondaire » et s'est montré peu enclin à la renouveler. L'objectif était peut-être ailleurs puisque les contrats se sont multipliés en xAI et plusieurs agences fédérales pour un accès à l'IA Grok et à l'exploitation des données.

Il incombe désormais au Congrès et aux organes de contrôle d'enquêter pour faire toute la lumière sur ce qui restera peut-être comme l'une des expériences de gouvernance les plus chaotiques et les plus opaques de l'histoire récente.

Source : Ars Technica