Des documents internes de Google, rendus publics dans le cadre d'un vaste procès contre les géants de la tech, jettent une lumière crue sur les motivations commerciales de l'entreprise dans le secteur de l'éducation. Ces dossiers, bien que largement expurgés, décrivent une stratégie claire : considérer les écoles comme un vivier pour créer un « pipeline de futurs utilisateurs » et s'assurer leur fidélité sur le long terme.
Quelle est la stratégie précise de Google pour fidéliser les jeunes utilisateurs ?
La tactique de Google est simple et redoutablement efficace : s'implanter massivement dans l'environnement scolaire. Une présentation interne de novembre 2020 stipule sans détour que familiariser les enfants avec l'écosystème de l'entreprise « mène à la confiance et à la loyauté envers la marque tout au long de leur vie ».
Cette approche est martelée à plusieurs reprises dans les documents internes, qui citent un article du New York Times de 2017 pour appuyer leur thèse : « Si vous mettez quelqu'un sur votre système d'exploitation tôt, vous obtenez cette loyauté tôt, et potentiellement pour la vie ». Cette logique s'applique aussi à YouTube, perçu comme un moyen de créer une réserve de futurs utilisateurs et créateurs.
La firme est-elle consciente des risques de ses propres produits ?
Paradoxalement, les mêmes documents révèlent une conscience aiguë des problèmes posés par ses propres plateformes. Une présentation datant de 2024 reconnaît que de nombreux utilisateurs « regrettent le temps perdu » lorsqu'ils tombent involontairement dans les « terriers de lapin » de YouTube, ce qui les distrait de leur travail ou les empêche de se coucher à l'heure.
D'autres diapositives sont encore plus directes, admettant que le public perçoit YouTube comme problématique en raison de l'impossibilité de « bloquer les contenus, commentaires et publicités dangereux ». Kathryn Kurtz, responsable mondiale de l'apprentissage chez YouTube, a même admis en déposition que l'entreprise n'avait pas mesuré l'efficacité de sa plateforme sur les résultats scolaires des élèves.
Quel est le contexte judiciaire et quelles sont les réactions ?
Ces révélations émergent d'un procès monumental où des familles, des districts scolaires et des procureurs généraux accusent Google, Meta, ByteDance et Snap de commercialiser des produits addictifs et dangereux. Tandis que Snap a déjà trouvé un accord à l'amiable, les autres géants de la tech se préparent pour une confrontation qui s'annonce historique.
En réponse, le porte-parole de Google, Jack Malon, affirme que ces documents « déforment leur travail » et que les administrateurs scolaires gardent le contrôle total. Cependant, pour des experts comme le neuroscientifique Jared Cooney Horvath, cela « prouve la peur que nous avons tous eue », confirmant que l'apprentissage n'est qu'une « couverture » pour acquérir des clients à vie.