La parade trouvée par Elon Musk pour tenter d'endiguer la vague d'images sexuelles générées par son IA est loin de faire l'unanimité. En plaçant la fonctionnalité controversée derrière un mur payant, le réseau social X a déclenché une véritable tempête de critiques. De Paris à Bruxelles, en passant par Londres, les responsables politiques fustigent une manœuvre qui transforme un vice de conception en une nouvelle source de revenus, tout en ignorant délibérément le fond du problème.
Pourquoi la réponse de X est-elle jugée « hypocrite » et « cynique » ?
La décision de X a été immédiatement qualifiée de « cynique » et « complètement hypocrite » par Clara Chappaz, l'ambassadrice française pour l'intelligence artificielle. Pour elle, et pour beaucoup d'observateurs, au lieu de corriger les failles béantes de son outil, la plateforme a simplement choisi de monétiser des fonctionnalités « dégradantes, humiliantes, illicites ».
Cet avis est largement partagé au sein des gouvernements. La ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, a jugé la décision « insuffisante », arguant que si X peut désactiver la fonction pour les non-abonnés, il peut techniquement le faire pour tout le monde. Le Royaume-Uni abonde dans le même sens, qualifiant ce choix d'« insulte aux victimes » de misogynie, transformant un outil de création d'images illégales en simple service premium.
Quelles sont les réponses judiciaires et réglementaires envisagées ?
L'indignation morale se double désormais d'une véritable offensive juridique. Sarah El Haïry, haute commissaire française à l'Enfance, a non seulement saisi la justice française, l'Arcom et la plateforme Pharos, mais également la commissaire européenne à la Souveraineté numérique. Le parquet de Paris a d'ailleurs étendu une enquête déjà en cours pour y inclure le flot d'images illicites déversées par Grok.
Au niveau européen, la pression monte également d'un cran. La Commission européenne, par la voix de sa présidente Ursula Von der Leyen, a clairement averti qu'elle « ne sous-traitera pas la protection des enfants à la Silicon Valley ». Ces dérives tombent directement sous le coup du Digital Services Act (DSA), qui prévoit des amendes pouvant atteindre 10 % du chiffre d'affaires mondial de l'entreprise en cas de manquement avéré.
La menace de blocage est-elle une option réaliste ?
Face à l'ampleur du phénomène des deepfakes, certains pays ont déjà pris des mesures radicales. L'Indonésie et la Malaisie ont temporairement bloqué l'accès à Grok afin de protéger leurs citoyens, en particulier les femmes et les enfants. Ces actions démontrent qu'une suspension du service est techniquement et politiquement possible, même si l'Europe privilégie pour l'instant la voie réglementaire.
Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a lui aussi brandi la menace d'une intervention directe : « Si X ne peut contrôler Grok, nous le ferons - et nous le ferons vite ». L'Ofcom, le régulateur britannique, a ouvert une enquête qui pourrait non seulement aboutir à une amende colossale mais aussi à une demande de blocage du site sur le territoire. L'étau se resserre donc de toutes parts sur la plateforme d'Elon Musk.