L'iceberg A-23A, un monstre de glace qui s'est détaché de l'Antarctique en 1986, vit ses derniers instants. Coincé pendant près de 30 ans au fond de la mer de Weddell, il dérive désormais vers des eaux plus chaudes.

Sa mort est annoncée par un phénomène visuel spectaculaire : sa surface blanche comme neige se transforme en une mosaïque bleu cyan intense, un changement capturé par les satellites de la NASA.

D'où vient cette couleur bleue si soudaine ?

Contrairement aux icebergs dont le bleu provient de la compression de la glace pure sur des millénaires, la teinte de l'A-23A est un symptôme de sa fin imminente. La couleur est en réalité le résultat de l'accumulation d'eau de fonte à sa surface. En dérivant vers des latitudes plus clémentes, la glace fond et l'eau liquide remplit les cavités et les fissures. Cette eau absorbe les longueurs d'onde rouges de la lumière et réfléchit cette teinte cyan, créant cette apparence saisissante mais funeste.

Ce processus est un cercle vicieux. Le poids de cette eau liquide accentue la pression sur les crevasses existantes, accélérant sa désintégration de l'intérieur. Les scientifiques observent également un effet de "rempart-fossé" sur les bords, où la fonte au niveau de la ligne de flottaison piège encore plus d'eau, condamnant le géant à une dislocation imminente.

Quel a été le parcours de ce géant des glaces ?

Le voyage de l'A-23A est une véritable odyssée. Après sa naissance en 1986 à partir de la barrière de Filchner, il s'est rapidement échoué, devenant une île de glace quasi-statique pendant trois décennies. Ce n'est qu'en 2020 qu'il a repris sa route, dérivant lentement vers le nord. À son apogée, il était le plus grand iceberg du monde, avec une superficie dépassant les 4 000 kilomètres carrés et une masse estimée à plus de mille milliards de tonnes.

Aujourd'hui, sa taille a été drastiquement réduite. Les rencontres avec des eaux plus chaudes et des courants puissants ont provoqué la rupture de pans entiers de sa structure. Sa superficie est passée de plus de 3 600 km² en janvier 2025 à moins de 1 200 km² un an plus tard. Le colosse se dirige maintenant vers une zone surnommée le "cimetière des icebergs", près de l'île de Géorgie du Sud, où sa fonte finale est inéluctable.

Que signifie cette disparition pour la science ?

La mort annoncée de l'A-23A n'est pas une surprise, mais elle constitue une occasion unique pour les chercheurs. Grâce aux technologies satellitaires modernes, ils ont pu documenter son cycle de vie complet, de sa naissance à sa dislocation totale. Cette surveillance fournit des données précieuses sur la manière dont les grands icebergs interagissent avec les courants océaniques et l'atmosphère, et comment ils se comportent en entrant dans des eaux plus chaudes.

Chaque morceau qui se détache libère de l'eau douce et des nutriments piégés dans la glace depuis des décennies. Cet apport massif dans l'écosystème marin local peut avoir des impacts significatifs, notamment sur le phytoplancton. Pour les scientifiques comme Chris Shuman, qui a suivi l'iceberg pendant des années, c'est la fin d'un "voyage remarquablement long et mouvementé", un spectacle fascinant de la puissance et de la fragilité de la nature.

Foire Aux Questions (FAQ)

L'iceberg A-23A est-il toujours le plus grand du monde ?

Non, bien qu'il l'ait été à plusieurs reprises, sa taille a tellement diminué qu'il a perdu ce titre. La fonte rapide et la rupture de gros morceaux ont considérablement réduit sa superficie.

La couleur bleue est-elle un phénomène courant pour les icebergs ?

Oui et non. Le bleu intense dû à la glace très ancienne et comprimée est un phénomène connu. Cependant, le bleu de l'A-23A est différent : il est causé par l'eau de fonte en surface, ce qui est un signe de désintégration rapide plutôt que de vieillesse stable.

Où va finir l'iceberg A-23A ?

Il se dirige vers une zone de l'Atlantique Sud, près de la Géorgie du Sud, souvent appelée le "cimetière des icebergs". Les eaux y sont suffisamment chaudes pour achever rapidement la fonte des icebergs venant de l'Antarctique.