Depuis des années, le paysage de la fabrication de puces est dominé par un acteur majeur : le taïwanais TSMC. C'est lui qui fournit les processeurs au cœur des iPhones, des Mac et des puissantes cartes graphiques Nvidia.

Cette dépendance, autrefois une force, est devenue une source de préoccupation croissante dans un contexte mondial de plus en plus tendu.

Poussés par les tensions géopolitiques et les risques tarifaires, Apple et Nvidia envisageraient de diversifier leur production de puces. D'ici 2028, les deux géants pourraient confier une partie de leurs processeurs "non essentiels" à Intel, marquant un tournant stratégique majeur pour l'industrie et une victoire potentielle pour le fondeur américain, justement en quête de gros clients pour sa gravure fine.

Des raisons plus politiques que technologiques

Le rapprochement potentiel entre ces titans de la tech et Intel n'est pas principalement motivé par une avancée technologique soudaine. Il s'agit plutôt d'une décision stratégique dictée par les tensions géopolitiques autour de Taïwan, la pression politique américaine pour relocaliser la production et la crainte de tarifs douaniers sur les composants importés.

Diversifier les chaînes d'approvisionnement pour en réduire la fragilité devient en soi un objectif et une sécurité pour l'avenir en apportant de la visibilité et en évitant de se retrouver piégé si la situation internationale dégénérait.

Intel Panther Lake 18A Lip Bu Tan

Cette stratégie de diversification se ferait de manière prudente. Selon les rapports, seuls des produits dits "non essentiels" seraient concernés dans un premier temps.

Cela permettrait à Apple et Nvidia de tester les capacités de production d'Intel à grande échelle sans mettre en péril leurs produits phares, comme les processeurs des iPhones ou les GPU les plus performants.

Quels composants seraient concernés ?

Pour la firme de Cupertino, les discussions porteraient sur la production de ses processeurs Mx d'entrée de gamme. Ces puces, qui équipent les MacBook Air ou certains iPad, sont particulièrement sensibles aux coûts et présentent des tolérances de fabrication plus souples.

Les produire aux États-Unis pour le marché américain ferait sens, notamment pour répondre aux impératifs politiques locaux.

Intel Panther Lake 18A 02

Intel Panther Lake en gravure 18A

Du côté de Nvidia, le cas est plus complexe. L'entreprise envisagerait de confier à Intel la fabrication de certaines puces d'entrée/sortie (I/O dies) pour ses futurs GPU Feynman, ainsi qu'une partie de leur packaging avancé via la technologie EMIB.

Cependant, des défis techniques subsistent, notamment concernant l'alimentation électrique intégrée, un domaine où la technologie de TSMC reste une référence difficile à égaler.

Une opportunité en or pour le géant de Santa Clara

Pour Intel, attirer de tels clients serait une victoire éclatante. Cela validerait les milliards de dollars investis dans sa nouvelle stratégie de fonderie et ses futurs nœuds de gravure, comme l'Intel 18A.

Après des années de retards, sécuriser des contrats avec Apple et Nvidia restaurerait la confiance et prouverait sa capacité à rivaliser de nouveau au plus haut niveau.

Ce mouvement s'inscrit aussi parfaitement dans la volonté américaine de renforcer sa souveraineté dans le secteur des semi-conducteurs, considéré comme stratégique pour la sécurité nationale et l'économie.

La perspective d'un écosystème mondial plus concurrentiel, moins dépendant d'un seul acteur, commence ainsi à se dessiner, même si Intel doit encore prouver que ses usines peuvent garantir des rendements et une efficacité à la hauteur des exigences colossales de ses potentiels nouveaux partenaires.