Arrivé en 2021 à la tête d'une entreprise déjà fragilisée par des choix stratégiques non payants et par un blocage des techniques de gravure au noeud 14 nm qui a conduit la concurrence des fondeurs TSMC et Samsung à prendre les devants, Pat Gelsinger a voulu revenir aux fondamentaux des puces et couper court aux aventures sans lendemain.

Dès son arrivée et rompant avec son prédécesseur, il a fait fermer une série d'activités s'étant écartées de son coeur de métier (les modems 5G pour PC, les drones coordonnés pour les spectacles, la mémoire Optane) pour revenir à son expertise initiale : les techniques de gravure et les processeurs.

Intel Processeur Arrow Lake Lunar Lake Panther Lake IA

Lançant une ambitieuse stratégie dite de "5 noeuds en 4 ans" qui lui a permis de refaire en bonne partie son retard sur ses concurrents, Pat Gelsinger a recentré les efforts autour de la mise en place d'une activité de fonderie IFS (Intel Foundry Services) pour des entreprises extérieures.

Un chemin de croix à faire oublier

Mais tout ceci prend du temps et Intel a dû affronter des vents contraires avec les pénuries de composants et la montée de la concurrence des processeurs ARM dans les ordinateurs, faisant vaciller l'architecture x86.

Il a fallu là aussi batailler et faire évoluer les techniques en basculant sur des configurations utilisant deux types de coeurs (P-Cores et E-Cores) et des systèmes de packaging permettant de combiner des composants de gravure différente.

Pat Gelsinger CEO Intel

Pat Gelsinger à son arrivée à la tête d'Intel

Les derniers trimestres ont été éprouvants, entre chute des revenus en attendant que la stratégie de fonderie donne ses premiers fruits (pas avant 2026 ou 2027) et virage manqué sur l'intelligence artificielle qui a laissé Intel sur le carreau tandis que Nvidia s'envolait vers des valorisations immenses, au point de devenir la première capitalisation mondiale.

Face aux plus de 3000 milliards de dollars de Nvidia, Intel ne pèse plus qu'une grosse centaine de milliards de dollars, moins que les valorisations des startups de l'IA ou des véhicules électriques.

Pat Gelsinger part à la retraite

Dans ce contexte et tout en essayant de faire bonne figure, Pat Gelsinger a annoncé son départ du poste de CEO d'Intel ce 1er décembre. En attendant de nommer un nouveau dirigeant, le directeur financier David Zinsner et la présidente exécutive Michelle Johnston Holthaus assureront l'intérim.

Son départ laisse un goût amer dans la mesure où il ne verra pas la réalisation du projet de fonderie et de la stratégie mise en place depuis plusieurs années. Toutefois, les marchés ont réagi très positivement à l'annonce de son départ avec un cours en Bourse qui a gagné 5% dans la perspective d'une nouvelle direction.

Wafer processeur Intel 18A

La gravure en Intel 18A peut-elle sauver l'entreprise ?

Le prochain dirigeant n'aura pas une tâche facile puisqu'il sera difficile de ne pas accompagner la transition en cours, toujours à mi-chemin de son parcours, à moins de tout abandonner et de relancer Intel dans une autre direction, ce qui demanderait encore plusieurs années de transformation.

Il y a l'urgence de la reprise en main des finances d'Intel et celle de la concrétisation des initiatives de Pat Gelsinger à l'ère des AI PC et des défis de l'intelligence artificielle. Intel a ses propres atouts avec son service de fonderie à venir, une technique de gravure Intel 18A à la pointe de la technologie et une gamme Gaudi3 d'accélérateurs IA, mais le plus dur reste à faire : trouver de gros clients capables de commander des dizaines de millions de puces.