La start-up française MaiaSpace, filiale d'ArianeGroup, vient de signer un contrat majeur avec l'opérateur Eutelsat pour une dizaine de lancements de satellites d'ici 2028.
Cet accord stratégique sécurise plus de la moitié de son carnet de commandes pour ses trois premières années d'exploitation, validant son modèle économique avant même le vol inaugural de sa fusée.
Dans un secteur spatial en pleine mutation, l'Europe cherche à consolider son autonomie d'accès à l'orbite. C'est dans ce contexte que la filiale d’ArianeGroup, MaiaSpace, se positionne comme un acteur clé avec le développement de son lanceur partiellement réutilisable.
Fondée en 2022, l'entreprise incarne le virage du « New Space » européen, une réponse directe à la domination américaine incarnée par SpaceX. L'annonce d'un partenariat d'envergure avec un géant des télécommunications valide ce pari audacieux.
Un contrat qui change la donne pour la jeune pousse
L'accord officialisé le 15 janvier porte sur une dizaine de lancements pour le compte de l’opérateur Eutelsat, destinés à renouveler et compléter la constellation OneWeb en orbite basse.
Ces missions, prévues pour démarrer vers la fin de l'année 2027, déploieront une partie des 340 nouveaux satellites commandés par Eutelsat à Airbus. Pour MaiaSpace, l'enjeu est colossal, car ce contrat représente une visibilité commerciale rare jusqu'en 2030.
Yohann Leroy, président exécutif de MaiaSpace, ne cache pas sa satisfaction : « C'est un contrat qui remplit notre carnet de commandes à hauteur de plus de 50 % pour les trois premières années d'exploitation commerciale ».
Cette signature est une double validation : d'une part, elle confirme la pertinence du lanceur face aux besoins du marché, et d'autre part, elle atteste de la crédibilité technique du projet aux yeux d'un client de premier plan, bien avant que la fusée ait fait ses preuves en vol.
Maia, un lanceur européen face au géant américain
Le projet Maia vise à développer une fusée réutilisable pour offrir une alternative crédible et souveraine aux solutions existantes, notamment le Falcon 9 de SpaceX.
Jusqu'à présent, la constellation OneWeb dépendait de lanceurs russes Soyouz, américains ou indiens. Ce contrat marque donc une volonté de rapatrier une partie de cette activité stratégique en Europe.
Basée à Vernon, dans l'Eure, l'entreprise de plus de 330 salariés conçoit un lanceur de 50 mètres de hauteur qui existera en version consommable ou récupérable.
Le calendrier est ambitieux. Le premier vol d'essai de Maia est programmé pour fin 2026 depuis le Centre Spatial Guyanais, sur le pas de tir historique des fusées Soyouz, récupéré par MaiaSpace après le départ des Russes.
Ce contrat vient consolider un plan de développement déjà soutenu par des acteurs comme Exotrail et U-Space (avec l'expérimentation Toutatis de défense spatiale française), mais l'accord avec Eutelsat est d'une tout autre ampleur et justifie les investissements consentis par les actionnaires d'ArianeGroup, Airbus et Safran, qui ont déjà injecté 125 millions d'euros.
Des ambitions industrielles et une vision à long terme
Le modèle économique de MaiaSpace est clair : « On n’est pas là pour lancer des fusées mais pour lancer les satellites de nos clients », martèle Yohann Leroy.
L'entreprise concède même vendre ses premiers lancements à perte, une stratégie agressive pour s'imposer sur le marché, compensée en partie par un soutien de l'Agence Spatiale Européenne (ESA). Cette approche vise à rendre ses tarifs compétitifs dès le début de l'exploitation commerciale.
Avec un objectif à terme d'une vingtaine de lancements par an, MaiaSpace doit maintenant passer à la vitesse supérieure sur le plan industriel. La construction d'une nouvelle usine à Vernon est déjà dans les cartons pour soutenir cette cadence.
Le contrat Eutelsat n'est donc pas une fin en soi, mais plutôt la rampe de lancement qui doit permettre à la jeune pousse de déployer pleinement ses ailes. La prochaine étape cruciale sera de transformer cette confiance commerciale en succès technique lors du vol inaugural de 2026.