La demande pour des infrastructures capables de supporter les charges de travail de l'intelligence artificielle ne cesse de croître, poussant les géants de la tech dans une course aux armements énergétiques et immobiliers.

Dans ce contexte, les annonces de construction de nouveaux campus de serveurs se multiplient, mais elles soulèvent des questions de plus en plus vives quant à leur coût réel, financier mais pas seulement.

Un projet pharaonique sur des terres délaissées

Les autorités locales de Mount Pleasant, dans le Wisconsin, ont récemment donné leur approbation pour une expansion spectaculaire du campus de Microsoft. Le projet prévoit la construction de 15 nouveaux centres de données répartis sur deux sites, totalisant près de 840 000 mètres carrés de surface.

Cette décision a été prise à l'unanimité par le conseil local qui voit là une opportunité économique majeure pour une région marquée par une promesse industrielle non tenue.

Microsoft Fairwater et son circuit fermé de refroidissement

En effet, ces nouvelles installations prendront place sur des terrains autrefois destinés à une usine du géant taïwanais Foxconn, un projet annoncé en grande pompe qui n'a jamais atteint l'envergure promise, laissant la collectivité avec des dettes considérables.

L'arrivée de Microsoft est donc perçue par certains comme une garantie d'activité pour les dix prochaines années, balayant les critiques sur le caractère temporaire des emplois de construction.

Entre milliards de dollars et millions de litres d'eau

Le coût taxable de ce développement est estimé à plus de 13 milliards de dollars, un chiffre qui s'inscrit dans une tendance globale d'augmentation des dépenses en capital des géants technologiques.

Les centres de données modernes, remplis de processeurs et de puces graphiques toujours plus puissants, exigent des investissements colossaux qui commencent à inquiéter Wall Street par rapport à la rentabilité à long terme de ces dépenses massives.

Mais le coût le plus sensible reste celui de l'environnement. La consommation d'eau nécessaire au refroidissement de ces infrastructures est un sujet de préoccupation majeur.

Des documents internes auraient révélé des prévisions alarmantes, même si Microsoft assure avoir mis en place de nouvelles techniques pour réduire son impact.

L'entreprise a d'ailleurs lancé son initiative "Community-First AI Infrastructure", s'engageant à une plus grande transparence et à restituer plus d'eau qu'elle n'en consomme.

Une expansion globale sous haute tension

Le cas du Wisconsin n'est pas isolé. Microsoft a également annoncé des plans d'investissement de 30 milliards de dollars au Royaume-Uni et 10 milliards au Portugal, avec l'objectif de doubler sa capacité de centres de données en Europe d'ici 2027 pour soutenir la demande en intelligence artificielle.

Cette expansion européenne s'accompagne des mêmes critiques, notamment sur l'augmentation de près de 30 % des émissions de l'entreprise depuis 2020, malgré sa promesse d'atteindre la neutralité carbone en 2030.

Face à la grogne montante, symbolisée par une lettre signée par plus de 230 organisations américaines appelant à un moratoire sur la construction de datacenters, Brad Smith, président du conseil de Microsoft, a promis une communication plus claire sur l'utilisation des ressources locales.

Pourtant, la critique persiste, alimentée par des pratiques comme les accords de non-divulgation imposés aux responsables locaux. La viabilité de ce boom de construction dépendra en fin de compte de la solidité de l'investissement dans l'IA, un secteur dont certains experts craignent l'éclatement d'une bulle spéculative.