L'analyse des échantillons de l'astéroïde Bennu, rapportés sur Terre par la mission OSIRIS-REx, a permis d'identifier pour la première fois du tryptophane dans un corps céleste de ce type.
Cet acide aminé essentiel, complexe et indispensable à la vie, n'avait jamais été détecté auparavant dans les météorites. Cette trouvaille majeure renforce la théorie selon laquelle les composants chimiques nécessaires à l'émergence du vivant auraient été formés dans l'espace avant d'être livrés sur notre planète.
L'étude approfondie des fragments célestes, publiée dans PNAS, offre une fenêtre inestimable sur la formation de notre système solaire. En scrutant la matière primitive rapportée par la NASA, les scientifiques espéraient trouver des indices sur les processus chimiques anciens.
Ils ont été servis au-delà de leurs espérances avec l'identification de composés organiques complexes qui n'avaient, jusqu'alors, jamais survécu à la traversée de notre atmosphère.
Une récolte spatiale aux résultats inédits
La mission OSIRIS-REx a marqué un tournant dans l'exploration planétaire en parvenant à toucher la surface d'un corps céleste lointain pour en prélever de la matière.
En 2020, la sonde a collecté 121,6 grammes de roches et de poussières, une cargaison précieuse qui a atterri en toute sécurité dans le désert de l'Utah trois ans plus tard. Contrairement aux météorites classiques, ces échantillons n'ont subi aucune altération thermique ni contamination biologique lors de leur arrivée, offrant aux chercheurs une matière d'une pureté absolue.
C'est au cœur de ce trésor géologique que les analyses ont révélé la présence de tryptophane. Il ne s'agit pas d'une simple molécule, mais de l'un des vingt acides aminés essentiels utilisés par le vivant pour construire des protéines.
Si d'autres acides aminés, comme la glycine, avaient déjà été repérés ailleurs, la découverte de celui-ci est une première. Sa structure complexe suggère que la chimie prébiotique dans l'espace est bien plus riche et évoluée que ce que les modèles théoriques prévoyaient jusqu'à présent.
Une capsule temporelle inviolée
Pour comprendre l'importance de cette trouvaille, il faut saisir ce qui différencie un échantillon prélevé à la source d'une roche tombée par hasard. Lorsqu'un astéroïde se fragmente et pénètre notre atmosphère, la chaleur extrême de la friction incinère souvent les composés les plus fragiles.
Le tryptophane, en particulier, semble ne pas résister à ce voyage brutal, ce qui explique son absence dans les collections de météorites étudiées depuis des décennies.
L'objet céleste Bennu, quant à lui, a agi comme un congélateur cosmique, préservant ces molécules depuis plus de 4,5 milliards d'années. Riche en carbone et témoin des premiers instants du système solaire, il contient désormais 15 des 20 acides aminés nécessaires à la vie terrestre.
Cette diversité chimique indique que les astéroïdes ne sont pas de simples cailloux inertes, mais de véritables laboratoires moléculaires ambulants, capables de synthétiser des briques élémentaires bien avant que la Terre ne soit habitable.
L'hypothèse de la panspermie renforcée
Cette accumulation de preuves donne du poids à l'idée que les astéroïdes auraient joué le rôle de « service de livraison » cosmique pour la jeune Terre. En bombardant notre planète il y a des milliards d'années, ces corps auraient pu ensemencer les océans primitifs avec les ingrédients nécessaires, comme les phosphates et les acides aminés, facilitant ainsi l'émergence des premières cellules.
Nous ne sommes peut-être pas seulement constitués de matière terrestre, mais d'un héritage chimique forgé aux confins de l'espace.
Bien que la présence de ces molécules ne signifie pas qu'il y a de la vie sur ces corps célestes (les conditions y étant bien trop hostiles), elle confirme que les blocs de construction du vivant sont universels.
Les chercheurs doivent maintenant corroborer ces résultats avec d'autres tests pour écarter définitivement toute marge d'erreur mais la perspective est vertigineuse : la chimie de la vie semble être une constante naturelle de l'univers, prête à s'épanouir dès que les conditions le permettent.