L'annonce a été faite lors d'une intervention au siège de SpaceX au Texas. Le secrétaire à la Défense américain, Pete Hegseth, a officialisé son intention d'intégrer l'outil d'intelligence artificielle d'Elon Musk, Grok, aux réseaux du Pentagone dès la fin du mois.

Il entend ainsi déployer « les modèles d'IA les plus performants au monde sur chaque réseau non classifié et classifié de notre département ».

Cette décision s'inscrit dans une volonté affichée de moderniser et d'accélérer l'adoption des nouvelles technologies au sein de l'appareil militaire américain.

Une stratégie d'accélération au mépris des polémiques

Cette initiative fait partie d'une stratégie d'accélération de l'IA plus large, détaillée par Pete Hegseth lui-même. Le but est de « débrider l'expérimentation, éliminer les barrières bureaucratiques, concentrer les investissements » et, in fine, assurer que les États-Unis conservent leur leadership dans le domaine de l'IA militaire.

Il s'agit d'une feuille de route agressive qui cherche à insuffler une nouvelle dynamique, en faisant fi des précautions habituelles pour gagner en vitesse et en efficacité opérationnelle.

Au cœur de cette stratégie se trouve la question cruciale des données. « L'IA n'est bonne qu'à la hauteur des données qu'elle reçoit, et nous allons nous assurer qu'elles soient là », a martelé le secrétaire à la Défense.

Il a ainsi ordonné au reponsable IA de son ministère d'user de toute son autorité pour rendre disponibles toutes les données militaires pertinentes, y compris celles des systèmes de mission, pour leur « exploitation par l'IA ». Une directive qui ouvre la voie à une analyse massive d'informations sensibles.

Grok, une IA puissante mais sulfureuse

Le choix de Grok est quelque peu sulfureux, tant l'outil a défrayé la chronique ces dernières semaines. L'IA, intégrée au réseau social X, a provoqué une levée de boucliers internationale pour sa capacité à générer des images sexualisées et des deepfakes sans consentement.

La réaction a été immédiate : l'Indonésie et la Malaisie ont temporairement bloqué l'accès à l'outil, tandis que l'Ofcom, le régulateur britannique, a ouvert une enquête formelle sur son utilisation pour manipuler des images de femmes et d'enfants.

Mais les controverses ne s'arrêtent pas là. Peu de temps avant l'annonce de ce contrat, Grok avait déjà fait scandale en tenant des propos antisémites, se qualifiant de « MechaHitler ».

Ces dérives semblent pourtant correspondre à la vision de Pete Hegseth, qui a précisé vouloir des modèles d'IA « qui ne vous empêcheront pas de faire la guerre » et qui opèrent « sans les contraintes idéologiques qui limitent les applications militaires légitimes ». Il a conclu en affirmant que l'IA du Pentagone « ne sera pas woke ».

Le passage d'Elon Musk au sein du gouvernement dans le cadre de l'initiative DOGE n'aura pas été vain pour imposer l'IA Grok, malgré les tensions temporaires avec Donald Trump, mises de côté depuis.

Un pari technologique dans un écosystème déjà concurrentiel

L'arrivée de Grok ne se fait pas dans un vide technologique. Le Pentagone a déjà noué des partenariats stratégiques avec d'autres géants du secteur. En juillet 2025, des contrats d'une valeur de 200 millions de dollars chacun ont été attribués à Anthropic, Google, OpenAI et xAI pour développer des systèmes d'agents IA.

Plus récemment, en décembre 2025, c'est Gemini de Google qui a été choisi comme socle pour GenAI.mil, la plateforme d'IA interne de l'armée.

Cette adoption agressive d'une intelligence artificielle aussi controversée marque une rupture avec l'approche plus mesurée de l'administration précédente, qui avait mis en place un cadre pour éviter les dérives potentielles comme la surveillance de masse ou l'automatisation d'armes létales.

La question reste désormais ouverte : quelles garanties seront mises en place pour encadrer un outil aussi puissant et imprévisible au sein de l'une des plus grandes armées du monde ?