Fin 2023, le groupe Renault lançait Ampere, une filiale ambitieuse regroupant 12 000 personnes dédiées au développement des véhicules électriques et des logiciels.
Cette structure, portée par le dirigeant de l'époque Luca de Meo, devait devenir un pure player européen et être introduite en bourse pour attirer des capitaux frais.
Mais l'opération a été annulée début 2024, faute de valorisation suffisante, jetant une première ombre sur l'avenir de cette entité. Renault annonce désormais la dissolution de sa filiale Ampere et la réintégration des actifs.
L'échec de l'introduction en bourse, point de départ du démantèlement
L'objectif initial pour Ampere était clair : lever des fonds via une introduction en Bourse (IPO) pour financer l'électrification massive du groupe. Luca de Meo nourrissait de grandes ambitions, visant un chiffre d’affaires de 10 milliards d’euros dès 2025.
L'échec de cette entrée en Bourse, officiellement dû à des « conditions de marché défavorables », a privé la filiale de sa raison d'être financière principale.
Sans l'apport de capitaux externes, la justification d'une structure juridique aussi complexe et distincte du reste du groupe s'est effondrée. Le projet espérait également attirer des partenaires stratégiques comme Nissan et Mitsubishi, qui devaient investir conjointement 800 millions d'euros.
Leur volte-face a ajouté un poids supplémentaire dans la balance, scellant le sort d'une structure qui devenait plus un fardeau qu'un atout, alors que Renault estimait disposer de capacités financières suffisantes pour avancer seul.
Une complexité administrative devenue un frein à la performance
Au-delà des considérations financières, la création d'Ampere aurait engendré un véritable mille-feuille administratif. Sur le terrain, les relations entre les équipes de Renault et celles de la nouvelle filiale étaient alourdies par un système de facturation interne et des processus complexes, évoque le journal Le Figaro.
Des salariés rapportent des situations ubuesques, comme l'attente de plusieurs semaines pour le raccordement électrique d'un équipement stratégique, le temps de déterminer quelle entité devait payer la facture.
Cette lourdeur administrative a engendré des pertes de temps et d'argent, un comble alors que la rapidité était l'un des arguments phares de la filiale.
Sous l'impulsion du nouveau directeur général François Provost, la décision a été prise de dissoudre la holding Ampere pour réintégrer toutes ses activités directement sous l'égide de Renault SAS, une opération présentée comme "neutre sur le plan social". La simplification est rapidement devenue une demande unanime des salariés et des syndicats.
Quelle stratégie pour l'avenir de l'électrique chez Renault ?
Si la simplification est saluée, ce retour en arrière soulève des interrogations profondes chez les partenaires sociaux. La CFE-CGC, tout en reconnaissant la nécessité de cette réorganisation, s'étonne du calendrier, intervenant avant la présentation du nouveau plan stratégique du groupe.
Le nom Ampere ne disparaîtra pas totalement, subsistant dans deux entités d'ingénierie spécialisées, Ampere Energy et Ampere Software.
La question centrale demeure : quelles sont les nouvelles orientations stratégiques ? La création d'Ampere était un pilier du plan Renaulution, centré sur la production de véhicules 100% électriques dans les usines françaises.
La direction reste pour l'instant muette sur le sujet, renvoyant à la présentation d'un plan stratégique en mars prochain. L'avenir de sites comme Douai, Maubeuge et Cléon, au cœur du pôle Electricity, est désormais suspendu à ces futures annonces.