La montée des tensions géopolitiques et le durcissement des positions des nations sur certains aspects comme l'approvisionnement en matières premières a rappelé à l'Europe que sa capacité de production de puces électroniques avait sensiblement baissé ces dernières décennies.

Passé à moins de 10% de la production mondiale, le Vieux Continent veut revenir à 20% à l'orée de la prochaine décennie et a mis en place une législation dite Chips Act dotée de 43 milliards d'euros pour financer cet effort qui doit renforcer les capacités existantes (via STMicroelectronics, par exemple) et convaincre des acteurs étrangers de bâtir des sites de production avec le soutien d'un financement public.

Le groupe Intel s'est laissé tenter avec la mise en place d'un site de production en gravure fine à Magdebourg et un autre de packaging en Italie. Un autre acteur était très attendu mais avait des réticences à s'installer en Europe : le leader taiwanais de la fonderie, TSMC.

Une nouvelle grande usine en Allemagne

Le champion des semi-conducteurs vient de donner le coup d'envoi de la construction d'un site de production de puces lors d'une cérémonie en présence de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et du chancelier allemand Olaf Scholz.

TSMC gravure

Car c'est de nouveau en Allemagne, à Dresde, que sera bâtie l'installation qui doit renforcer les capacités de production de puces européennes. Le projet de 11 milliards d'euros est financé à hauteur de 5 milliards d'euros par l'UE et à 3,5 milliards d'euros par TSMC qui détiendra 70% du contrôle, tandis que NXP, Infineon et Bosch auront chacun 10% de participation, les différents acteurs étant réunis au sein d'un consortium ESMC (European Semiconductor Manufacturing Company).

Cette première usine de TSMC en Europe aura pour rôle d'alimenter le secteur automobile en puces électroniques à partir de 2027 avec une capacité de production de 40 000 wafers 300 mm (avec des gravures en 28 et 16 nm) par mois et en générant 2000 emplois.

Une fonderie européenne ouverte à tous projets

Elle n'exploitera pas les noeuds de gravure les plus fins mais pourra répondre à la demande du secteur automobile, en pleine transition vers l'électrique. Le site pourra également répondre à des besoins de fonderie spécifiques en dehors des détenteurs du site et pour d'autres secteurs d'activité.

L'Allemagne y trouvera son compte pour soutenir son industrie et l'Europe pourra se targuer de renforcer sa souveraineté en matière de production de puces et de sécurisation de ses approvisionnements.

Ce sera aussi une façon de répondre à la Chine qui se dote de puissantes capacités de production de puces sur des noeuds matures, à défaut de pouvoir accéder à la gravure fine, et qui risque d'inonder les marchés internationaux de ses puces bon marché.

Source : La Tribune