La prolifération des drones d'attaque à bas coût a radicalement changé la face des conflits modernes, comme en témoignent les événements en Ukraine et au Moyen-Orient. Face à ce défi, l'armée américaine a dû repenser ses méthodes d'entraînement.

Lors de l'exercice Sentry South 26.1, une solution innovante a été mise en oeuvre: l'utilisation d'avions ultralégers pilotés par la société privée KestrelX pour mimer le comportement des drones ennemis. Ces appareils, des Risen KX-2, offrent une plateforme de simulation réaliste pour préparer les pilotes de chasse à une nouvelle forme de combat aérien.

Pourquoi simuler des drones avec des avions pilotés ?

L'idée peut sembler contre-intuitive, mais elle répond à des contraintes très concrètes. Utiliser un véritable drone armé ou même de surveillance dans l'espace aérien national pour des exercices est un casse-tête réglementaire et logistique. Don Moseley, ancien pilote de l'US Navy et PDG de KestrelX, a eu cette idée en constatant que l'utilisation d'avions de chasse coûteux comme le F-35 ou le F-117 pour simuler des cibles à faible signature n'était ni rentable ni efficace.

La présence d'un pilote à bord change tout. Elle offre une flexibilité opérationnelle immense, permettant de modifier les profils de vol en temps réel et de s'adapter aux objectifs pédagogiques de l'exercice, tout en respectant les règles de la FAA. De plus, l'avion revient à sa base, ce qui le rend infiniment plus rentable qu'un drone à usage unique. Cette approche permet de multiplier les scénarios d'entraînement contre une menace de plus en plus présente sur les théâtres d'opérations.

Quelles sont les caractéristiques de ces avions-leurres ?

KestrelX a sélectionné le Risen KX-2, un avion ultraléger biplace en composite, pour sa polyvalence. Cet appareil est un caméléon des airs : il peut atteindre des vitesses de 240 nœuds (environ 445 km/h) pour simuler un missile de croisière, mais aussi voler très lentement pour imiter parfaitement un drone d'attaque. Sa conception en fibres de carbone et sa forme lui confèrent déjà une faible signature radar (RCS), qui a été encore réduite par des modifications spécifiques.

Son moteur Rotax, similaire à ceux que l'on retrouve dans certains drones iraniens, possède une faible signature infrarouge, le rendant difficile à détecter. Avec une endurance exceptionnelle de près de 12 heures, le KX-2 peut rester sur zone pendant de longues périodes, offrant aux planificateurs de l'exercice une multitude d'options tactiques. Il peut également emporter des pods pour simuler des émissions électroniques, compliquant encore la tâche des forces qui s'entraînent.

Quel est le retour d'expérience des pilotes de chasse ?

L'entraînement contre ces cibles atypiques s'est révélé être un défi majeur, même pour les pilotes les plus expérimentés. Un aéronef lent et volant à basse altitude est une cible très complexe pour un avion de chasse conçu pour le combat à haute vitesse. La détection, l'identification visuelle sans risque de collision, et l'engagement sont des manœuvres délicates. Durant l'exercice, les pilotes ont d'abord eu beaucoup de mal à détecter les KX-2, les obligeant à ajuster leurs tactiques lors des missions suivantes.

Le retour des pilotes de 4ème et 5ème génération, notamment ceux des F-22, a été extrêmement positif. Ils ont souligné la valeur d'un entraînement si proche de la réalité de la guerre moderne. Pour beaucoup de jeunes pilotes, ce fut une prise de conscience. La capacité de simuler des menaces comme le Shahed-136 offre un apprentissage inestimable, bien plus efficace que n'importe quel simulateur, car comme le résume un des responsables : "tout ce que vous faites dans les airs est plus difficile à faire que dans le simulateur".

Foire Aux Questions (FAQ)

Qu'est-ce que la société KestrelX ?

KestrelX est une entreprise privée fondée par d'anciens pilotes militaires américains. Elle est spécialisée dans la fourniture de services d'entraînement pour les forces armées, en utilisant des avions légers et modifiés pour répliquer de manière réaliste et économique les menaces aériennes modernes, comme les drones d'attaque et les missiles de croisière.

Pourquoi les drones comme le Shahed-136 sont-ils une menace si sérieuse ?

Ces drones dits "kamikazes" ou "à sens unique" représentent une menace asymétrique redoutable. Ils sont relativement peu coûteux à produire, peuvent être lancés en essaims pour saturer les défenses, et possèdent une faible signature radar et infrarouge qui les rend difficiles à détecter. Leur efficacité pour frapper des cibles stratégiques a été largement démontrée dans les conflits récents.

Les avions de KestrelX sont-ils armés ?

Non, les avions utilisés par KestrelX pour la simulation ne sont pas armés. Leur rôle est de servir de cibles réalistes pour l'entraînement. Ils peuvent cependant emporter des pods électroniques capables de simuler les émissions radio d'un drone ou d'un missile, afin de tester les capacités de détection passive des avions de chasse et des navires.