Une nouvelle fois, le nom d'Elon Musk se retrouve au cœur d'une tempête géopolitique. Le patron de SpaceX a été la cible d'une interpellation cinglante de la part du gouvernement polonais, qui lui reproche le rôle joué par son réseau de satellites Starlink dans le conflit ukrainien.

L'accusation, portée sur la place publique du réseau social X, est directe et met l'homme d'affaires face à ses responsabilités stratégiques. Cette confrontation met en lumière la complexité de bloquer l'accès russe sans pénaliser les forces ukrainiennes, également dépendantes du service de télécommunications par satellite.

Un appel direct et une accusation grave

C'est par un message sans détour que Radosław Sikorski, vice-Premier ministre et chef de la diplomatie polonaise, a mis le feu aux poudres. « Hey, grand homme, @elonmusk, pourquoi tu n’empêches pas les Russes d’utiliser Starlink pour viser les villes ukrainiennes ? », a-t-il lancé, avant d'asséner : « Faire de l'argent sur des crimes de guerre nuit à ta marque ».

Cette sortie, particulièrement offensive, vise directement la supposée inaction de SpaceX et de son dirigeant, Elon Musk.

drone russe Starlink

Cette déclaration fait suite à une publication de l'Institute for the Study of War (ISW), un groupe de réflexion américain, qui a documenté un usage croissant de la technologie Starlink par la Russie.

Selon l'institut, Moscou exploiterait de plus en plus le réseau pour coordonner et guider ses attaques de drones, retournant ainsi contre l'Ukraine une technologie qui fut essentielle à sa propre défense au début du conflit.

Comment la Russie exploite-t-elle le réseau satellitaire ?

L'avantage tactique offert par Starlink aux forces russes est considérable. Le rapport de l'ISW souligne que les drones d’attaque BM-35, une fois connectés au réseau satellitaire, voient leur capacité de frappe décuplée.

Ils peuvent ainsi mener des opérations de moyenne portée, avec une portée présumée de 500 kilomètres. Une telle capacité met à leur merci non seulement une grande partie du territoire ukrainien, mais aussi la Moldavie et des régions de la Pologne, de la Roumanie et de la Lituanie.

starlink

Face à ces accusations, la question de l'approvisionnement se pose. SpaceX a toujours soutenu ne pas vendre ses terminaux à la Russie. En février 2024, Elon Musk avait démenti formellement toute transaction directe.

Cependant, les spécialistes du renseignement ukrainien estiment que les terminaux Starlink sont acquis par des circuits parallèles, notamment via des importations depuis des pays tiers qui ne sont pas soumis aux mêmes restrictions.

Le dilemme technique et stratégique d'une coupure

Si la demande polonaise semble légitime sur le plan moral, sa mise en œuvre représente un véritable nœud gordien technique. La principale difficulté réside dans le fait que l'armée ukrainienne dépend massivement du même réseau pour ses communications, sa coordination et le pilotage de ses propres drones.

Cet outil, devenu un pilier des communications dans la guerre en Ukraine, sert autant la défense de Kiev que, désormais, les offensives de Moscou. Une désactivation ciblée est donc extrêmement complexe à réaliser sans risquer de pénaliser indistinctement les deux camps.

Cette situation soulève une question de fond qui dépasse le seul cas de Starlink : celle de la responsabilité des entreprises technologiques privées dans les conflits armés modernes.

En fournissant une infrastructure de communication devenue indispensable, SpaceX se retrouve dans une position quasi-étatique, forcée de naviguer dans une équation complexe où chaque décision peut avoir des conséquences militaires directes.

Le véritable dilemme stratégique pour Elon Musk est de trouver comment agir sans affaiblir l'allié ukrainien qu'il a initialement soutenu.