La tension monte d'un cran entre Bruxelles et Washington. L'Union européenne, bien décidée à faire plier les mastodontes technologiques américains, prépare une nouvelle vague d'application de ses règlements phares. Cette stratégie volontariste se heurte de plein fouet à la rhétorique protectionniste de l'administration Trump, qui brandit la menace de sanctions commerciales en retour.
Pourquoi l'Europe accélère-t-elle la cadence réglementaire ?
Au cœur de l'offensive européenne se trouvent deux textes majeurs : le Digital Markets Act (DMA) et le Digital Services Act (DSA). Conçus pour limiter le pouvoir des plateformes dites « gardiennes » et pour assainir l'espace numérique, ces règlements entrent dans une phase d'application plus stricte. L'objectif n'est plus seulement de sanctionner, mais d'imposer des changements structurels profonds.
Des enquêtes récentes visent déjà les pratiques de Meta sur WhatsApp, l'utilisation par Google de contenus pour entraîner ses IA, ou encore le manque de concurrence dans le cloud. Bruxelles cherche à créer des marchés numériques plus équitables, où les nouveaux acteurs peuvent rivaliser à armes égales avec des géants comme Apple ou Microsoft.
Quelle est la nature de la riposte américaine ?
Outre-Atlantique, cette fermeté est perçue comme une attaque ciblée. L'administration Trump qualifie ces régulations de « discriminatoires » et de « barrières non tarifaires » visant injustement les entreprises américaines les plus performantes. La réponse ne se fait pas attendre : des menaces de représailles via la Section 301 du Trade Act, un outil permettant d'imposer des tarifs douaniers punitifs.
La Maison Blanche a déjà pris des mesures symboliques fortes, en sanctionnant des personnalités européennes comme Thierry Breton, accusé de promouvoir un « complexe industriel de la censure ». Pour Washington, le DSA, en particulier, est une atteinte à la liberté d'expression, une vision diamétralement opposée à l'approche européenne axée sur la protection des utilisateurs.
Quels sont les véritables enjeux de cette confrontation ?
Au-delà des amendes, qui se chiffrent déjà en milliards d'euros pour Google ou X, le conflit révèle une profonde divergence idéologique. L'Europe défend son droit souverain à réguler son marché pour protéger la concurrence et ses citoyens. Les États-Unis, de leur côté, y voient une tentative de freiner l'innovation américaine et de favoriser des concurrents locaux.
Ce bras de fer pourrait aboutir à une fragmentation de l'économie numérique. Si chaque bloc impose ses propres règles et riposte par des barrières commerciales, les entreprises devront naviguer dans un environnement juridique complexe et coûteux. En fin de compte, ce sont les utilisateurs et l'innovation mondiale qui risquent d'en pâtir.