L'Union Européenne est sur le point de franchir une étape décisive dans sa quête de souveraineté numérique et de sécurité. Une nouvelle proposition législative, qui doit être présentée très prochainement, vise à forcer le retrait progressif des équipements fabriqués en Chine au sein des secteurs vitaux du continent.

Des entreprises emblématiques comme Huawei et ZTE sont directement dans le viseur de cette mesure qui pourrait redessiner en profondeur le paysage technologique européen.

Cette mesure vise à sécuriser les infrastructures critiques de l'UE, des réseaux télécoms aux systèmes d'énergie solaire, marquant un tournant majeur dans la politique de cybersécurité du bloc.

D'une approche volontaire à une règle contraignante

Jusqu'à présent, la stratégie de l'Union Européenne reposait sur un régime volontaire, une approche qui a clairement montré ses limites. Les États membres étaient incités, mais non contraints, à restreindre ou exclure les fournisseurs jugés « à haut risque » de leurs réseaux.

Cependant, l'application de cette politique s'est avérée très inégale à travers le continent, créant une mosaïque de vulnérabilités.

Certains grands marchés, comme l'Allemagne ou l'Espagne, ont longtemps tardé à mettre en œuvre ces recommandations, parfois pour des raisons économiques ou face à la résistance des opérateurs télécoms locaux.

Madrid a même signé un contrat de plusieurs millions d'euros avec Huawei l'été dernier pour du matériel de stockage de données sensibles. C'est précisément cette fragmentation des solutions nationales qui a poussé la Commission à vouloir imposer un cadre commun et obligatoire.

Quels secteurs sont concernés et quels sont les défis ?

Le champ d'application de cette nouvelle loi sur la cybersécurité est vaste et touche le cœur même des infrastructures critiques du bloc. Sont principalement ciblés les réseaux de télécommunications, notamment le déploiement de la 5G, mais aussi les systèmes d'énergie solaire où les onduleurs de Huawei sont très présents, ou encore les scanners de sécurité dans les aéroports et les ports.

Le défi est pourtant immense face au contexte d'une forte dépendance européenne : plus de 90 % des panneaux solaires installés dans l'UE sont, par exemple, fabriqués en Chine.

Les opérateurs télécoms, de leur côté, alertent sur l'impact potentiel d'une interdiction directe sur les prix pour les consommateurs, pointant le manque d'alternatives viables, alors que l'Europe cherche aussi à réduire sa dépendance vis-à-vis des géants américains.

Un calendrier flou et des réactions attendues

Le calendrier exact de ce retrait forcé reste à définir, Bruxelles privilégiant une approche pragmatique.

Il dépendra de l'évaluation des risques spécifiques à chaque secteur et prendra en compte les coûts et la disponibilité de fournisseurs alternatifs pour éviter une dislocation brutale des marchés. La transition se fera donc progressivement mais la direction est désormais claire.

Une fois la proposition présentée par la Commission, elle devra être négociée avec le Parlement européen et les États membres, dont certains pourraient opposer une forte résistance au vu des enjeux de sécurité nationale.

Beijing a déjà averti qu'une telle exclusion des équipements chinois violerait « les principes du marché et les règles de la concurrence loyale ». L'avenir de l'usine Huawei récemment achevée en France est lui aussi devenu plus qu'incertain, illustrant les tensions à venir.

Source : Financial Times