La communauté scientifique internationale peut enfin respirer. Le projet industriel baptisé « INNA », porté par AES Andes, filiale du géant américain AES Corporation, ne verra finalement pas le jour. Annoncée fin janvier, cette décision met un terme à un projet très controversé qui prévoyait l'implantation d'un gigantesque site industriel sur une surface de plusieurs dizaines de kilomètres carrés dans le désert d'Atacama, au Chili, un lieu unique au monde pour son ciel particulièrement pur.
Quels étaient les risques concrets pour les observatoires ?
Le projet INNA devait s'implanter à seulement 11 kilomètres au sud de Cerro Paranal, où se trouve le célèbre Very Large Telescope (VLT), et à 25 kilomètres du site du futur Extremely Large Telescope (ELT), destiné à devenir le plus grand télescope jamais construit. L'objectif de cette méga-usine était de produire de l'hydrogène et de l'ammoniac verts, une initiative s'inscrivant dans la transition énergétique mais dont l'emplacement était catastrophique.
Les antennes du réseau ALMA (Atacama Large Millimeter/submillimeter Array) scrutent le ciel nocturne afin d’observer la Voie lactée.
Crédits : A. Duro/ESO
L'analyse technique menée par l'ESO était sans appel : le complexe industriel aurait causé des dommages sévères et irréversibles. La pollution lumineuse aurait pu augmenter jusqu'à 35 %, annulant des décennies de progrès technologiques et rendant impossibles certaines recherches de pointe, comme l'observation directe d'exoplanètes. À cela s'ajoutaient les menaces de poussière, de micro-vibrations et de turbulences atmosphériques, toutes néfastes pour la précision des instruments.
Comment la mobilisation a-t-elle conduit à cette annulation ?
Depuis le dépôt de l'étude d'impact environnemental en décembre 2024, la résistance s'est organisée. Des membres de la communauté de l'astronomie au Chili, dans les États membres de l'ESO et au-delà, ainsi que des responsables politiques et le grand public, ont fait entendre leur voix pour défendre ce patrimoine scientifique unique. Cette large mobilisation a mis en lumière l'enjeu capital de la protection des ciels étoilés.
Bien que AES Andes n'ait pas explicitement lié sa décision à cette pression, l'entreprise a déclaré vouloir « concentrer ses efforts sur le développement de son portefeuille d'énergies renouvelables et de stockage d'énergie ». Pour Xavier Barcons, directeur général de l'ESO, cet engagement mondial a été profondément rassurant et a démontré l'importance accordée à la protection des ciels sombres et calmes.
L’un des télescopes auxiliaires (TA) de l’observatoire Paranal de l’ESO, installé au cœur du désert d’Atacama.
Crédits : Gideon Yoffe/ESO
Quel avenir pour la protection des sites astronomiques ?
Cette affaire met en évidence le besoin urgent d'établir des mesures de protection claires et réglementées autour des observatoires astronomiques. L'ESO a réaffirmé son soutien total à la décarbonation de l'énergie, soulignant que les projets d'énergie verte sont parfaitement compatibles avec les observatoires, à condition que les installations soient situées à des distances suffisantes les unes des autres pour ne pas interférer.
Le cas INNA servira sans doute de précédent pour de futurs projets industriels à proximité de sites scientifiquement sensibles. Il rappelle que le ciel du nord du Chili est un héritage naturel irremplaçable, non seulement pour la science mais aussi pour l'humanité. L'ESO a d'ailleurs annoncé qu'elle continuerait à intensifier ses efforts pour que les ciels purs de Paranal restent la meilleure fenêtre du monde pour observer l'Univers.