Pékin annonce la suspension de ses restrictions d'exportation sur le gallium, le germanium et l'antimoine vers les États-Unis. Cette décision, effective jusqu'en novembre 2026, marque une désescalade notable dans la guerre commerciale et technologique, suite à la récente rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump.

Le ministère chinois du Commerce a confirmé ce dimanche 9 novembre la suspension de l'interdiction d'approuver les exportations de plusieurs matériaux stratégiques vers les États-Unis.

Cette levée de restrictions, qui avait été instaurée en décembre 2024, concerne des éléments cruciaux pour les industries de pointe.

Un accord au sommet pour calmer le jeu

Cette annonce concrétise un engagement pris lors de la rencontre très attendue entre le président chinois Xi Jinping et son homologue américain Donald Trump. Le sommet, tenu le 30 octobre en Corée du Sud, visait explicitement à stabiliser les relations bilatérales après des années de tensions exacerbées.

Les deux puissances avaient convenu de réduire certains tarifs douaniers et de mettre en pause d'autres mesures punitives. La suspension de ces interdictions d'exportation est donc le prolongement direct de cette volonté d'apaisement.

Quels sont les matériaux concernés ?

Les métaux au cœur de cette décision ne sont pas anodins. Il s'agit principalement du gallium, du germanium et de l'antimoine. D'autres matériaux, comme le tungstène et le graphite, sont également inclus dans la levée des restrictions.

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Ces éléments sont classés comme "biens à double usage" (dual-use). Cela signifie qu'ils possèdent des applications civiles critiques, mais aussi des implications militaires directes.

Le quasi-monopole chinois comme arme économique

En ciblant ces matériaux, la Chine avait frappé là où ça fait mal. Le gallium, par exemple, est indispensable aux semi-conducteurs avancés, aux LED et aux panneaux photovoltaïques. L'Union Européenne estime que la Chine contrôle 94% de la production mondiale.

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Le germanium est tout aussi vital pour les fibres optiques et les capteurs infrarouges (83% de la production chinoise). L'antimoine, lui, sert aussi bien aux batteries qu'à l'industrie de l'armement pour renforcer les blindages et les munitions.

Une désescalade aux contours encore flous

Si la suspension est actée, des divergences demeurent dans la description de l'accord. Le communiqué officiel chinois, très bref, mentionne une suspension effective dès dimanche et courant jusqu'au 27 novembre 2026.

La Maison Blanche, de son côté, avait décrit un accord plus large lors du sommet d'octobre. Elle évoquait des "licences générales" permettant un flux continu de ces minéraux vers les fabricants américains.

Cet accès était, selon Washington, négocié en échange d'engagements chinois sur l'arrêt de l'export de précurseurs du fentanyl et l'achat massif de produits agricoles américains. Pékin n'a fait référence à ce cadre global ni à ces contreparties dans sa déclaration de dimanche.

Et maintenant ?

Cette suspension est un véritable ballon d'oxygène pour l'industrie technologique et de défense américaine, très dépendante des exportations de Pékin.

Elle s'inscrit dans une série de gestes de bonne volonté, comme la prolongation récente de la suspension de surtaxes sur le soja et d'autres produits agricoles américains.

Reste à voir si cette trêve sur les métaux stratégiques, essentiels à la fabrication de puces comme de munitions, survivra aux autres points de friction qui subsistent entre les deux géants économiques.

L'autre question qui se pose est : qu'en sera-t-il de l'Europe ? Déjà handicapé par les difficultés d'approvisionnement en aimants permanents, le Vieux Continent voit les superpuissances s'accorder sans pouvoir prendre part ou tirer parti des tractations.