Depuis son lancement en grande pompe fin 2018, la boutique d'Epic a tenté de s'imposer comme l'alternative crédible à Steam. Avec une politique agressive de jeux gratuits hebdomadaires et une commission réduite à 12 % pour séduire les développeurs, la plateforme avait des arguments de poids. Pourtant, des années plus tard, le constat est sans appel : l'expérience utilisateur reste le talon d'Achille de la plateforme, un point que même ses dirigeants ne peuvent plus nier.
Pourquoi le lanceur de l'Epic Games Store est-il si critiqué ?
La critique la plus virulente vient désormais de l'intérieur. « Le lanceur craint. Appelons un chat un chat : il est vraiment lent », a déclaré Steven Allison, le directeur général de la boutique. Cet aveu, d'une franchise déconcertante pour un cadre de ce niveau, valide des années de plaintes de la part des utilisateurs. La raison de cette lenteur exaspérante est purement architecturale : à chaque clic, l'application effectue des appels vers les services back-end d'Epic, provoquant des latences notables en fonction de la qualité de la connexion internet.
Au-delà de ces temps de chargement, le logiciel est aussi connu pour être une usine à gaz gourmande en ressources, consommant parfois plus du double de mémoire vive que son concurrent Steam, même en étant inactif en arrière-plan. Cette dette technique s'explique par les origines du lanceur, initialement conçu pour gérer uniquement Fortnite et Paragon. Les nouvelles fonctionnalités ont été empilées au fil du temps sans refonte structurelle, créant un édifice instable et peu performant.
Quelles améliorations concrètes sont prévues pour les joueurs ?
Face à ce diagnostic sévère, Epic a lancé un chantier de grande ampleur. Les travaux pour repenser l'architecture du lanceur ont débuté en novembre 2025, avec pour objectif de « changer les tripes » du système. Steven Allison promet que les joueurs commenceront à voir les premières améliorations de vitesse et de réactivité dès mai ou juin 2026. L'ambition est claire : que les utilisateurs se disent enfin « Bon sang, ce n'est plus aussi nul », ce qui constituerait déjà une « victoire » pour l'entreprise.
L'autre axe majeur de cette refonte concerne le volet social, grand absent de la plateforme. Epic prévoit d'intégrer des « espaces communautaires », avec des avatars, des profils de joueurs, une messagerie privée multiplateforme et un chat vocal. Fait surprenant, ces fonctionnalités existaient en partie avant d'être supprimées durant la pandémie, sans jamais être réintroduites. L'éditeur travaille même sur l'ajout de forums, une fonctionnalité qui vise à recréer un lien communautaire.
Cette refonte suffira-t-elle à concurrencer Steam ?
La question qui brûle les lèvres est simple : pourquoi avoir attendu si longtemps ? Steven Allison explique que la priorité a longtemps été donnée aux outils destinés aux développeurs. Pour attirer les studios sur l'Epic Games Store, il était crucial de mettre en place un système d'auto-publication robuste, un projet qui a monopolisé les équipes d'ingénierie pendant près de trois ans. Maintenant que ce travail de fond est achevé, le focus peut enfin se tourner vers l'expérience des joueurs.
Reconquérir les utilisateurs sera un défi de taille. Le dirigeant est conscient des critiques, citant même le subreddit « r/fuckepic » comme une preuve de la frustration ambiante. En plus des optimisations et des ajouts sociaux, l'automne 2026 verra l'arrivée d'une bibliothèque multiplateforme unifiant les jeux PC et mobiles. Si ces promesses sont tenues, Epic pourrait enfin corriger ses défauts les plus criants. Reste à voir si cela suffira à ébranler la domination de Steam, ou si la boutique restera pour beaucoup un simple abreuvoir à jeux gratuits.