Malgré un quatrième trimestre 2025 dépassant les attentes, Intel a douché les espoirs de Wall Street avec des prévisions pour le premier trimestre 2026 jugées trop faibles.

La cause principale : une incapacité à produire suffisamment de puces pour répondre à la demande massive générée par l'intelligence artificielle.

Le géant de Santa Clara a pourtant affiché une performance honorable pour le dernier trimestre 2025. Avec un chiffre d'affaires de 13,7 milliards de dollars et un bénéfice par action ajusté de 15 cents, l'entreprise a surpassé les prévisions des analystes.

Ces chiffres, portés notamment par une hausse de 9% des ventes dans la division Data Center et IA, auraient pu rassurer. Cependant, le marché a rapidement déchanté en découvrant les perspectives pour le début de l'année 2026.

La direction anticipe un chiffre d'affaires compris entre 11,7 et 12,7 milliards de dollars, avec un bénéfice par action quasi nul, bien loin des estimations des analystes.

Le paradoxe d'une demande trop forte

La raison de ce décalage est presque ironique : Intel est victime de son succès, ou plutôt de celui du secteur de l'IA. David Zinsner, le directeur financier, a expliqué que l'entreprise n'avait tout simplement pas l'offre nécessaire pour satisfaire la demande saisonnière.

Les géants du cloud, pris de court par l'accélération de l'IA, cherchent à moderniser leurs infrastructures à un rythme effréné, créant une ruée sur les processeurs pour serveurs qui accompagnent les GPU de Nvidia.

Intel Xeon

Cette situation met en lumière une contrainte majeure pour le fondeur : malgré le contrôle de ses propres usines, ou fabs, la reconversion des lignes de production pour s'adapter à une demande changeante prend du temps.

Le PDG, Lip-Bu Tan, a reconnu sa déception de ne pouvoir répondre pleinement aux besoins du marché, tout en assurant que l'approvisionnement devrait s'améliorer dès le second trimestre.

La fonderie, un pari d'avenir aux fondations fragiles ?

Au-delà des chiffres trimestriels, tous les regards sont tournés vers la stratégie de fonderie du groupe. L'objectif est de fabriquer des puces pour d'autres entreprises, un marché dominé par TSMC.

Le succès de cette transition repose sur l'avancée de ses nouvelles technologies de gravure, notamment les procédés 18A et 14A. Le PDG a affirmé que le procédé 18A, utilisé pour les nouveaux processeurs Core Ultra Series 3 Panther Lake, avait surperformé en 2025, suggérant une maturité suffisante pour une production de masse.

Intel Panther Lake 18A Lip Bu Tan

Cependant, des doutes subsistent. Lip-Bu Tan a admis que les rendements de production, c'est-à-dire le pourcentage de puces fonctionnelles par galette de silicium, étaient conformes aux plans internes mais "toujours en dessous de ce qu'il souhaiterait".

Pour le futur procédé 14A, Intel attend un client majeur pour lancer les investissements massifs nécessaires. Des discussions seraient en cours avec deux clients potentiels, et la décision d'engager ou non des capitaux importants devrait être prise d'ici la seconde moitié de l'année.

La confiance des investisseurs à l'épreuve

Après une année 2025 spectaculaire où le cours de l'action, parti de très bas, a grimpé de 147%, les attentes étaient extrêmement élevées. Des investissements significatifs de la part de Nvidia (5 milliards de dollars), de SoftBank et même du gouvernement américain avaient renforcé la confiance dans le plan de redressement. L'annonce de prévisions timides agit donc comme une douche froide.

Cette situation frustrante retarde la reprise financière attendue. Le chemin est encore long pour que le géant américain prouve qu'il peut non seulement innover, mais aussi exécuter sa stratégie industrielle à grande échelle.

La capacité d'Intel à sécuriser un client externe de premier plan pour son procédé 14A sera le véritable test dans les mois à venir, un signal que les investisseurs attendent avec impatience.