L'intégration de l'intelligence artificielle au sein des agences fédérales américaines n'est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, ces technologies sont utilisées pour des tâches de support comme la traduction de documents, l'analyse de données ou encore le tri des commentaires publics.
Cependant, l'administration Trump semble déterminée à franchir un nouveau cap, en confiant à l'IA non plus des tâches annexes mais bien le cœur même du processus réglementaire : la rédaction des règles qui encadrent des secteurs critiques de la vie des citoyens.
Une ambition de vitesse avant tout
Le projet, dévoilé lors d'une présentation interne au Département des Transports (DOT), a été présenté par ses promoteurs comme une avancée majeure. Il promet de révolutionner la création des réglementations en réduisant des délais qui se comptent habituellement en mois, voire en années, à quelques minutes seulement.
Selon Gregory Zerzan, le conseiller juridique général du département, le président Donald Trump serait sans surprise "très excité par cette initiative".
La priorité est clairement donnée à la quantité et à la rapidité de production, au détriment potentiel de la qualité. "Nous n’avons pas besoin de la règle parfaite sur XYZ. Nous n’avons même pas besoin d’une très bonne règle", aurait déclaré Zerzan.
L'ambition est de pouvoir passer de l'idée à une ébauche de règle prête à être examinée en seulement 30 jours, un processus qui s'appuierait sur la capacité de l'IA Gemini de Google à générer un premier brouillon en moins de 20 minutes.
Google Gemini, partenaire privilégié et silencieux
Au centre de ce dispositif se trouve le modèle de langage de Google. Le DOT est récemment devenu la première agence de niveau ministériel à migrer entièrement son personnel vers Google Workspace, intégrant de fait l'IA du géant de la tech.
Google, en pleine compétition avec ses rivaux comme OpenAI et Anthropic pour les contrats gouvernementaux, a célébré ce partenariat comme une étape clé pour garantir un système de transport plus sûr et moderne.
Pourtant, face à cette utilisation pour le moins audacieuse et assez peu encadrée de sa technologie, l'entreprise reste muette. Sollicitée pour commenter l'usage de Google Gemini pour la rédaction de règles de sécurité, la firme n'a pas répondu.
L'enthousiasme des promoteurs du projet au sein du DOT contraste avec ce silence, eux qui estiment que l'IA pourrait prendre en charge "80 à 90 % du travail de rédaction", reléguant les fonctionnaires à un simple rôle de supervision et de relecture.
Des craintes légitimes face à des enjeux critiques
Cette perspective a immédiatement alarmé de nombreux employés du DOT. Ils rappellent que la rédaction réglementaire est un exercice complexe, exigeant une expertise pointue des lois, de la jurisprudence et des aspects techniques propres au secteur des transports.
Les règles en question concernent des domaines aussi sensibles que la sécurité aérienne, le transport de matières dangereuses ou encore la maintenance des infrastructures ferroviaires. Une erreur ou une imprécision pourrait avoir des conséquences dramatiques.
L'initiative est jugée "follement irresponsable" par certains agents, qui s'inquiètent de confier ces responsabilités à une technologie connue pour ses erreurs et ses hallucinations.
Mike Horton, ancien responsable par intérim de l'IA au DOT, compare la démarche à "confier la rédaction des règles à un stagiaire de lycée".
Ces préoccupations sont accentuées par un contexte de réduction des effectifs au sein de l'agence, qui a perdu près de 4 000 employés, dont plus d'une centaine d'avocats, laissant planer le doute sur la capacité de supervision humaine face à une production automatisée de masse.