L'année 2025 a marqué un tournant dans les relations entre la Silicon Valley et le pouvoir politique à Washington. Pour la première fois, les dépenses cumulées des plus grandes firmes technologiques en matière de lobbying ont franchi le seuil symbolique des 100 millions de dollars, s'établissant à un total de 109 millions. Cette intensification des efforts visait à influencer les décisions de l'administration présidentielle sur des dossiers stratégiques et à s'aligner sur un agenda politique jugé plus favorable aux affaires.

Quels sont les acteurs les plus dépensiers de ce jeu d'influence ?

Le podium des lobbyistes de la tech reste dominé par les mêmes noms, mais avec des budgets en nette hausse. Meta se place en tête avec 26,29 millions de dollars investis, une augmentation de près de 2 millions par rapport à l'année précédente. Amazon suit avec 17,78 millions, un chiffre stable, tandis que Google complète le trio de tête en allouant 13,1 millions de dollars à ses activités d'influence.

Meta logo

Ces sommes colossales sont déployées pour peser sur des législations clés et maintenir un dialogue constant avec les décideurs politiques. La stratégie consiste à être présent sur tous les fronts pour défendre les intérêts des entreprises face à des régulations potentiellement contraignantes et promouvoir une vision de l'innovation alignée sur leurs objectifs commerciaux.

Comment des entreprises comme Apple et Nvidia justifient-elles leurs investissements records ?

Si le trio de tête est bien installé, d'autres acteurs ont considérablement accéléré leurs efforts. Apple, souvent plus discret, a pulvérisé son propre record avec 10 millions de dollars de dépenses en 2025, soit une augmentation de près de 28 %. La firme de Cupertino a défendu ses intérêts sur des fronts multiples, notamment les projets de loi visant à réguler l'App Store, l'encadrement de l'intelligence artificielle ou encore la protection des consommateurs.

Apple

De son côté, Nvidia a réalisé la plus forte progression, passant de seulement 640 000 dollars en 2024 à 4,9 millions l'an dernier. Un investissement qui a manifestement porté ses fruits, puisque l'entreprise a finalement obtenu l'autorisation d'exporter ses puissants processeurs H200 vers la Chine, malgré un bras de fer diplomatique de dix jours. Ce feu vert reste toutefois conditionné à une taxe de 25 % reversée au Trésor américain et à un volume d'exportation limité à 50 % des ventes réalisées aux USA. Pour Nvidia, l'enjeu est colossal : ce marché est estimé à 50 milliards de dollars.

Nvidia H200.

Au-delà de l'argent, quelles autres stratégies sont mises en place ?

Ces dépenses ne représentent que la partie émergée de l'iceberg. La stratégie d'influence de la Silicon Valley s'appuie aussi sur une présence physique et des gestes de flatterie assumés. Les dirigeants des grandes entreprises, comme Tim Cook, ont multiplié les apparitions à la Maison Blanche, participant à des dîners officiels ou remettant des trophées directement à Donald Trump. Cette approche est décrite comme une mesure à la fois offensive et défensive.

Elle permet non seulement de promouvoir un agenda favorable, notamment sur l'IA ou contre les régulations européennes, mais aussi de s'assurer le soutien d'un pouvoir qui se veut le protecteur des champions technologiques américains. Certains dirigeants ont même poussé la démarche jusqu'à acquérir de l'immobilier à Washington pour renforcer leur présence sur le terrain, une tactique qui n'est pas sans rappeler celle des grands industriels du début du 20e siècle.

Source : Bloomberg