C’est un scénario que peu d’observateurs auraient pu prédire il y a encore quelques semaines. La société Naarea, figure de proue de la renaissance de l'atome tricolore, se retrouve à nouveau au bord du précipice.

Lauréate des appels à projets France 2030, l'entreprise promettait de développer une solution de rupture pour décarboner l'industrie. Pourtant, l'espoir né de la procédure de reprise s'est fracassé contre un mur de difficultés techniques et économiques. Ce qui s'annonçait comme un second souffle ressemble désormais à un feuilleton judiciaire aux conséquences désastreuses.

Un bras de fer juridique sans précédent

Tout semblait pourtant acté par les autorités compétentes. Le tribunal de commerce de Nanterre avait pris une décision rare en ordonnant à Eneris d'honorer ses engagements de reprise, malgré la volonté affichée du groupe de se rétracter à la dernière minute.

En droit français, une offre validée ne peut théoriquement pas être retirée au bon vouloir du candidat, surtout lorsque des emplois sont en jeu. Cette décision de justice visait avant tout à pérenniser l'activité et à sauver les compétences accumulées par les équipes en place.

Mais le groupe polonais et luxembourgeois a choisi une porte de sortie radicale pour contourner cette obligation. En déclarant la cessation de paiement de la société de reprise spécifiquement créée pour l'opération, l'investisseur rend de fait l'exécution du jugement impossible.

C'est un véritable camouflet pour la procédure collective. En agissant ainsi, l'acquéreur signe l'arrêt de mort probable de la cible, transformant une injonction judiciaire en une coquille vide juridique.

L'accusation d'une impasse technologique

Pour justifier ce revirement spectaculaire, l'acquéreur ne mâche pas ses mots et lance des accusations graves. Selon un communiqué diffusé mardi, la découverte tardive d'éléments dissimulés aurait totalement invalidé la thèse d'investissement initiale.

L'acquéreur n'évoque pas une simple hésitation financière mais une remise en cause fondamentale de la viabilité du projet. Le groupe affirme que le développement est, en réalité, dans une impasse technologique majeure.

Le cœur du problème résiderait dans la complexité des réacteurs à sels fondus et à neutrons rapides. Cette technologie, bien que prometteuse sur le papier pour recycler les combustibles usés, reste un défi d'ingénierie colossal.

En invoquant ces obstacles techniques insurmontables pour la prochaine décennie, le repreneur tente de légitimer son retrait brutal. Il estime devoir agir ainsi pour préserver les intérêts des parties, jugeant toute perspective commerciale illusoire avant les années 2030.

Un avenir sombre pour la filière tricolore

Du côté de la start-up, la stupéfaction le dispute à la colère. La direction conteste formellement cette lecture technique, affirmant que les véritables raisons de ce désistement sont à chercher du côté des capacités financières du repreneur.

Pour les salariés de l'entreprise, dont 108 devaient être conservés, l'ascenseur émotionnel est terrible. Ils se retrouvent otages d'une bataille d'experts et de juristes, alors que le spectre de la liquidation judiciaire semble désormais inéluctable à très court terme.

Cet échec cuisant résonne bien au-delà des murs de l'entreprise. Il jette une ombre sur la stratégie nationale des petits réacteurs modulaires (SMR), censés incarner la souveraineté énergétique de demain.

Si les verrous technologiques s'avèrent effectivement plus robustes que prévu, c'est tout un pan de la stratégie industrielle qui pourrait vaciller. Reste à savoir si l'État tentera une ultime manœuvre ou si cet épisode marque la fin définitive de l'ambition de ce microréacteur innovant.