Charles Buhler, qui a notamment participé au lancement du Laboratoire d'Électrostatique et de Physique des Surfaces au Centre Spatial Kennedy, a récemment annoncé que son équipe avait réussi à produire une force mesurable avec un appareil qui ne rejette aucune matière.
Bien que l'équipe soit composée de vétérans de la NASA, de Blue Origin et de l'US Air Force, Buhler insiste sur le fait que ce projet est totalement indépendant de l'agence spatiale américaine. L'annonce intervient dans un climat de méfiance, où toute revendication de propulsion sans propergol est immédiatement scrutée.
Quel est ce "moteur impossible" qui refait surface ?
L'idée de systèmes de propulsion sans propergol n'est pas nouvelle et traîne derrière elle une réputation sulfureuse. En 2001, l'ingénieur britannique Roger Shawyer avait présenté l'EmDrive, surnommé le "moteur impossible", qui prétendait générer une poussée en violation apparente d'un pilier de la physique : le principe de conservation de la quantité de mouvement.
L'enthousiasme initial avait atteint un sommet en 2016 lorsque l'équipe Eagleworks de l'agence américaine avait rapporté une poussée mesurable. Malgré tout, la douche froide fut brutale. Des études ultérieures, notamment une enquête approfondie de l'Université de technologie de Dresde, n'ont finalement détecté aucune poussée détectable. En 2021, le concept était largement considéré comme discrédité, laissant une trace de scepticisme profond dans la communauté scientifique.
Comment cette nouvelle technologie prétend-elle fonctionner ?
Face à cet héritage, l'équipe de Buhler se défend de proposer une simple amélioration de l'EmDrive. Elle présente une approche fondamentalement différente. Ici, l'énergie ne proviendrait plus de micro-ondes confinées dans une cavité, mais de champs liés à l'électricité et à l'électrostatique.
Selon Buhler, la percée a eu lieu en 2023 après des années de tests infructueux. L'explication technique repose sur un phénomène inédit. "Nous avons découvert que les systèmes qui contiennent une asymétrie dans la pression électrostatique peuvent donner au centre de masse du système une composante de force non nulle", explique-t-il. Cette "Nouvelle Force" permettrait à un objet de se mouvoir en modifiant son propre centre de masse, sans rien éjecter.
Faut-il y croire ou rester prudent ?
Les résultats de Buhler ont été présentés lors de l'Alternative Propulsion Energy Conference (APEC), une plateforme connue pour accueillir des ingénieurs aux idées audacieuses, mais aussi parfois des théories jugées peu solides scientifiquement. L'affirmation de Buhler selon laquelle cette force peut produire assez de poussée pour vaincre la gravité terrestre la place directement dans la catégorie des annonces extraordinaires.
Or, toute affirmation extraordinaire exige des preuves extraordinaires. Compte tenu du précédent de l'EmDrive, la vérification rigoureuse par des tiers est plus que jamais indispensable. Peu importent les CV prestigieux de l'équipe, la méthode scientifique impose une reproductibilité sans faille avant que de telles conclusions puissent être acceptées. Pour l'heure, ce moteur "improbable" reste suspendu entre innovation de rupture et impossibilité physique.
Foire Aux Questions (FAQ)
Qu'est-ce qu'un moteur sans propergol ?
Un moteur sans propergol, ou "propellant-less drive", est un système de propulsion théorique qui générerait une poussée (un mouvement) sans expulser de matière, contrairement aux fusées traditionnelles qui éjectent des gaz à haute vitesse pour se déplacer.
Quelle est la différence avec l'EmDrive ?
La différence est fondamentale. L'EmDrive prétendait fonctionner en faisant rebondir des micro-ondes à l'intérieur d'une cavité conique. Le système de Charles Buhler, lui, se base sur des champs électrostatiques et une asymétrie de pression pour créer une force, une approche totalement distincte.
Cette technologie est-elle validée par la NASA ?
Non. Charles Buhler est un ancien employé de la NASA et son équipe compte des membres ayant travaillé pour l'agence, mais il a clairement indiqué que ce projet de recherche est mené par sa société privée, Exodus Propulsion Technologies, et n'a aucune affiliation officielle avec la NASA.