Depuis le début de leur collaboration en 2019, l'alliance entre le géant des réseaux sociaux et le leader mondial de l'optique cherchait à définir l'après-smartphone.
Aujourd'hui, face à un engouement que les analystes n'avaient pas totalement anticipé, les deux partenaires sont contraints de revoir leur copie industrielle. La firme de Menlo Park a récemment dû mettre en pause le déploiement international de ses lunettes connectées, initialement prévu pour le Royaume-Uni ou la France, afin de privilégier le marché américain.
Ce choix logistique, dicté par des stocks en flux tendu, illustre la difficulté de maintenir la cadence face à des consommateurs de plus en plus friands de ces accessoires hybrides.
Une montée en puissance industrielle nécessaire
Selon des sources proches du dossier, les négociations actuelles visent un objectif ambitieux : passer d'une cible de 10 millions d'unités à l'horizon fin 2026 à près de 20 millions.
Si les conditions de marché se maintiennent, ce chiffre pourrait même grimper jusqu'à 30 millions de paires. Pour EssilorLuxottica, partenaire manufacturier exclusif, cela implique une réorganisation massive des lignes de production.
Il ne s'agit plus simplement d'une expérimentation de niche, mais d'une véritable production de masse destinée à inonder le marché mondial.
Cette accélération répond à une problématique immédiate : les listes d'attente pour certains modèles s'étendent déjà jusqu'en 2026. L'entreprise a communiqué sur une demande sans précédent qui dépasse les capacités actuelles de ses usines.
En octobre dernier, le géant de l'optique avait déjà laissé entendre qu'il comptait appuyer sur l'accélérateur pour ce segment en pleine croissance, mais l'ampleur des nouveaux chiffres évoqués témoigne d'une dynamique commerciale bien plus intense que prévu pour ces montures intégrant caméras et haut-parleurs.
La division Reality Labs face à la réalité économique
Ce succès matériel intervient dans un contexte financier paradoxal pour la maison mère de Facebook. La division Reality Labs, en charge des projets futuristes du groupe, a brûlé plus de 60 milliards de dollars depuis 2020.
Alors que l'entreprise cherche à rationaliser ses coûts, notamment via la suppression récente de plus de 1 000 postes au sein de cette même division, la performance des lunettes Ray-Ban apparaît comme une bouffée d'oxygène.
Elle valide une partie de la stratégie matérielle du groupe, là où les casques de réalité virtuelle peinent parfois à convaincre le grand public en raison de leur encombrement physique.
Les investisseurs, attentifs à la volatilité du titre boursier qui a connu des variations significatives ces derniers mois, observent ce pivot avec intérêt. Contrairement au métavers qui reste un concept abstrait pour beaucoup, les lunettes représentent un produit tangible aux usages immédiats.
Le pari de Mark Zuckerberg de fusionner le style classique des montures Ray-Ban avec la puissance de ses services numériques semble porter ses fruits, offrant une alternative viable aux écrans traditionnels.
C'est une victoire symbolique importante pour une entreprise qui tente de diversifier ses revenus au-delà de la publicité numérique.
L'intelligence artificielle comme moteur de croissance
L'attrait pour ces dispositifs ne réside pas uniquement dans la capture de photos ou de vidéos, mais bien dans l'intégration poussée de l'intelligence artificielle. Ces lunettes permettent aux utilisateurs d'interagir vocalement avec des assistants virtuels, de traduire des textes en temps réel ou de poser des questions contextuelles sur ce qu'ils regardent.
En transformant un objet du quotidien en terminal intelligent, les deux entreprises réussissent là où d'autres, comme les Google Glass en leur temps, avaient échoué par manque de maturité technologique et de design acceptable socialement.
Cependant, la concurrence ne reste pas inerte. D'autres acteurs comme XReal, récemment valorisé à plus d'un milliard de dollars, renforcent leurs partenariats avec Google pour développer l'écosystème Android XR.
La course aux wearables de nouvelle génération est donc lancée, et la capacité de Meta à livrer ses produits sans délai sera déterminante. Si la production ne suit pas, l'entreprise risque de laisser le champ libre à des rivaux prêts à capturer cette nouvelle audience désireuse de s'affranchir du smartphone.