Loin de la science-fiction, la réalité des automates bipèdes sur les chaînes de montage est bien plus nuancée. Michael Tam, directeur de la marque chez le géant chinois UBTech, a récemment mis les pieds dans le plat en affirmant que ses robots Walker S2 n'atteignent que 30 à 50 % de la productivité humaine.
Cette performance est de plus limitée à des tâches très spécifiques, comme l'empilage de caisses ou le contrôle qualité. Pourtant, cette efficacité limitée ne semble pas freiner l'enthousiasme, voire l'anxiété, des industriels.
Une productivité encore limitée mais une course stratégique
La déclaration d'UBTech, qui compte parmi ses partenaires des géants comme le constructeur automobile BYD ou le sous-traitant d'Apple Foxconn, révèle une vérité surprenante.
Malgré leurs performances modestes, les commandes affluent. La raison est simple : la peur de prendre du retard. Michael Tam l'explique sans détour : "si Tesla prend l'avantage en déployant ses propres robots humanoïdes sur sa ligne de fabrication, cela signifie que BYD pourrait se retrouver à la traîne".
La course à l'adoption est donc moins une question de rendement immédiat qu'un pari stratégique sur l'avenir.
Cette dynamique illustre parfaitement la pression concurrentielle qui pousse les entreprises à investir dans des technologies encore immatures. Les décideurs politiques chinois encouragent fortement ce mouvement, voyant dans l'intégration de l'IA et de la robotique dans les usines une solution potentielle aux pénuries de main-d'œuvre et un levier de productivité à long terme.
La Chine représente déjà plus de la moitié des installations de robots industriels dans le monde, bien que la plupart soient encore essentiellement des bras mécaniques fixes.
Quels sont les verrous technologiques actuels ?
Si les robots humanoïdes fascinent, leur déploiement à grande échelle se heurte à des défis techniques considérables. L'un des principaux freins est l'autonomie énergétique.
Le Walker S2 d'UBTech sait changer seul ses batteries
La plupart des modèles actuels dépendent de batteries montées dans le torse ou en sac à dos, limitant leur temps de travail actif à quelques heures seulement. La locomotion, le maintien de l'équilibre et la manipulation d'objets sont en effet extrêmement énergivores.
De plus, leur capacité de charge reste comparable à celle d'un humain, car des charges plus lourdes compliquent la conception des actionneurs et la gestion de l'équilibre.
Les mains usées du robot Figure 02 après son passage dans une usine BMW
Un autre obstacle majeur, que UBTech espère résoudre cette année, est le développement d'une main multifonctionnelle. Actuellement, les modèles Walker nécessitent une intervention humaine pour changer d'appendice en fonction de la tâche à accomplir, ce qui réduit considérablement leur autonomie.
Enfin, les humains restent bien plus rapides et adaptables dans des environnements complexes, tandis que les robots bipèdes se déplacent encore avec une grande prudence pour éviter les chutes, même si les améliorations sont visibles de mois en mois.
Entre ambition et scepticisme, quel avenir ?
Malgré ces obstacles, les ambitions sont immenses. UBTech vise à porter les performances de son robot Walker à 80 % de l'efficacité humaine d'ici 2027. Un objectif jugé réalisable par certains analystes.
Il souligne qu'une telle performance serait déjà suffisante pour de nombreuses usines, étant donné que les robots n'ont pas besoin de pauses ni de vacances. Cette vision optimiste est cependant tempérée par d'autres experts qui rappellent que la plupart des déploiements actuels ne sont que des "preuves de concept" ou des démonstrations et que de nombreux défis subsistent avant un véritable fonctionnement commercial.
Le nerf de la guerre pour l'amélioration de ces machines réside dans la collecte de données en conditions réelles. Chaque robot déployé, même avec une efficacité limitée, est une source précieuse d'informations.
Comme l'explique Michael Tam, "plus il y aura de robots humains déployés dans le monde réel, plus de données réelles pourront être collectées". C'est ce cercle vertueux qui permettra d'accélérer la courbe d'apprentissage et de rapprocher progressivement ces automates d'une véritable utilité sur les lignes de production.