Jusqu'à présent, les robots humanoïdes restaient souvent cantonnés à des laboratoires aseptisés ou à des vidéos de démonstration soigneusement montées.
Mais cette époque semble révolue. Le constructeur chinois XPeng, bien connu pour ses véhicules électriques, vient de changer la donne. L'entreprise a officiellement fait sortir de sa ligne de production le tout premier exemplaire de son robot humanoïde, le ET1 (aussi appelé Iron).
Ce n'est pas juste un prototype de plus. Il est en fait la promesse d'une industrialisation massive qui pointe le bout de son nez métallique.
Quand l'automobile impose sa rigueur au robot
Ce qui frappe immédiatement dans cette annonce, ce n'est pas seulement l'existence du robot, mais la manière dont il est fabriqué. C'est là que tout se joue.
Pour la première fois, un robot humanoïde est produit en appliquant strictement les standards de l'industrie automobile. Il ne s'agit plus d'une production artisanale à l'unité mais bien d'une validation industrielle complète.
L'usine de Guangzhou a mis en place un processus de vérification qui ferait pâlir d'envie n'importe quel ingénieur qualité. Le système repose sur un cycle "vérifier-optimiser-vérifier".
Concrètement, chaque composant subit une batterie de tests avant même d'être intégré. On parle de plus de 3000 tests d'isolement pour une seule carte de circuit imprimé. Pourquoi une telle obsession ? Simplement parce que la fiabilité est le nerf de la guerre si l'on veut voir ces machines évoluer parmi nous sans risque.
L'objectif affiché par XPeng est précis : garantir une qualité et une cohérence de production qui permettent de passer à l'échelle supérieure rapidement. En adoptant ces normes automobiles, la firme s'assure que son robot ne sera pas un jouet fragile mais une machine durable, capable d'encaisser les heures de fonctionnement.
C'est une approche pragmatique qui tranche avec les effets d'annonce habituels du secteur.
Une merveille technologique sous le capot
Le robot humanoide ET1 possède des proportions étonnamment humaines. Il affiche une taille de 178 cm pour un poids de 70 kg. C'est exactement le gabarit qui lui permet d'évoluer dans des environnements conçus pour l'homme sans avoir besoin de tout adapter. Une telle morphologie facilite grandement son intégration future dans nos espaces de vie ou de travail.
La mobilité est assurée par une mécanique de pointe. Le robot dispose de 62 degrés de liberté au total. C'est ce qui lui confère cette fluidité de mouvement, loin des démarches saccadées des vieux films de science-fiction.
Cette agilité est rendue possible grâce à l'intégration de la puce Turing, une création maison dédiée à l'intelligence artificielle. Cette puce gère des modèles de langage visuels et des systèmes de contrôle de mouvement complexes. Elle agit comme un véritable cerveau, traitant les informations en temps réel pour coordonner chaque geste.
Le système nerveux du robot repose sur une architecture sophistiquée. Il utilise ce qu'on appelle un grand modèle de bout en bout. Cela signifie que la perception de l'environnement et la décision d'action sont traitées de manière fluide et continue.
Le robot voit, comprend et agit dans un flux ininterrompu. C'est cette technologie qui lui permet de marcher, de saisir des objets et de s'adapter à des situations imprévues avec une certaine autonomie.
L'usine comme terrain de jeu avant le grand bain
Le premier client de ce robot n'est autre que l'usine XPeng elle-même. Actuellement, plusieurs unités du ET1 sont déployées sur la ligne d'assemblage de la voiture électrique P7+.
Elles sont chargées de tâches logistiques internes. Elles transportent des caisses, participent à l'assemblage et assistent les équipes humaines. C'est un test grandeur nature d'une valeur inestimable. En les confrontant immédiatement à la réalité du terrain industriel, le constructeur accumule des données précieuses pour affiner les algorithmes et la mécanique.
Le calendrier annoncé est ambitieux. La production de masse est ciblée pour 2026. L'idée est de faire du ET1 un assistant polyvalent. Si aujourd'hui il travaille à l'usine et dans les magasins de la marque pour de l'accueil, demain, il pourrait bien se retrouver dans nos foyers pour des tâches domestiques ou de l'assistance à la personne.
Le président He Xiaopeng ne cache pas son ambition de voir ces robots devenir aussi courants que les voitures.
Cette stratégie de déploiement progressif est intelligente. D'abord, on valide la robustesse dans un environnement contrôlé mais rude (l'usine). Ensuite, on s'attaque au contact client en boutique. Et enfin, on vise le grand public.
Il reste évidemment des défis à relever. L'autonomie énergétique, la sécurité totale en présence d'humains non formés et le coût final sont des variables qui pèseront lourd dans la balance.
Mais voir un robot de cette complexité sortir d'une ligne de production automobile avec une telle assurance envoie un signal fort au marché. La concurrence est prévenue, et la course à l'assistant humanoïde vient de passer la seconde, et c'est une nouvelle fois la Chine qui mène la danse.