Alors que 8 Go de RAM sont devenus la norme pour un appareil de milieu de gamme et que les modèles premium flirtent avec 12, 16, voire 24 Go, la crise des composants mémoire s'apprête à rebattre les cartes.

Plusieurs rapports concordants, issus d'analystes du secteur, dessinent un avenir où la surenchère technique marque une pause forcée. Les consommateurs devront bientôt faire face à un choix cornélien : payer plus cher pour des appareils aux spécifications techniques revues à la baisse.

La racine du mal : l'insatiable appétit de l'IA

Au cœur de cette tourmente se trouve la demande exponentielle pour la mémoire à haute bande passante, ou HBM, un composant essentiel aux serveurs et aux centres de données dédiés à l'intelligence artificielle.

Les géants de la tech, pour répondre à cet appel d'air, réorientent massivement leurs lignes de production. Des entreprises comme Samsung privilégient désormais la fabrication de mémoire HBM et DDR5, bien plus lucratives, au détriment de la DRAM grand public qui équipe nos téléphones. Cette réallocation des ressources crée une pénurie mécanique sur le marché des composants pour smartphones.

Cette raréfaction de l'offre entraîne une flambée des prix de la DRAM. Pour les fabricants de téléphones, l'impact est direct et brutal sur le Bill of Materials (BOM), c’est-à-dire le coût total des composants d'un appareil.

Pris en étau, ils n'ont que deux options : absorber la hausse des coûts et rogner leurs marges, ou la répercuter sur la facture finale du consommateur, tout en ajustant les fiches techniques pour limiter les dégâts.

Quelles conséquences concrètes pour les consommateurs ?

Le premier sacrifice visible sera la quantité de RAM. Les modèles haut de gamme équipés de 16 Go pourraient quasiment disparaître des catalogues, devenant des produits de niche.

Le segment des 12 Go verrait sa production réduite de près de 40 %, laissant la place à des appareils se contentant de 6 ou 8 Go. Mais le changement le plus symbolique concerne l'entrée de gamme, qui verrait le retour des smartphones dotés de seulement 4 Go de RAM, une configuration que l'on pensait appartenir au passé.

Ce régime forcé pourrait s'accompagner d'une petite consolation : le retour du port pour carte microSD. Pour réduire les coûts, les fabricants pourraient proposer des appareils avec une capacité de stockage interne minimale, par exemple 64 Go, laissant à l'utilisateur le soin de l'étendre à moindres frais.

Ce compromis matériel signerait une forme de régression technique, où le consommateur paierait plus cher pour un appareil potentiellement moins performant que son prédécesseur.

Vers une optimisation forcée et de nouvelles solutions ?

Cette situation inédite pourrait toutefois avoir un effet bénéfique inattendu : contraindre les acteurs du logiciel à plus de sobriété. Google serait notamment sous pression pour optimiser en profondeur Android, afin que le système d'exploitation fonctionne de manière fluide avec moins de mémoire vive disponible, à l'image de ce qu'Apple a réussi à faire avec iOS.

Les développeurs d'applications devraient également suivre le mouvement pour garantir une expérience utilisateur satisfaisante sur du matériel plus modeste.

En parallèle, l'industrie cherche des alternatives pour contourner l'obstacle. Des pistes sont explorées pour décharger la RAM, comme le stockage des grands modèles de langage (LLM) directement sur la mémoire flash, une solution sur laquelle Apple travaillerait activement.

De son côté, Samsung développerait un type de stockage UFS spécialement optimisé pour l'IA générative. Si la crise actuelle force à des compromis douloureux à court terme, elle pourrait bien accélérer l'émergence de solutions innovantes pour l'avenir.