La croissance exponentielle de la demande énergétique de l'IA pousse l'industrie à ses limites. Les centres de données traditionnels, gourmands en électricité et générant une chaleur colossale, peinent à suivre le rythme.

Face à cette contrainte, plusieurs acteurs majeurs explorent une solution non conventionnelle : déporter la puissance de calcul dans l'espace, où le refroidissement est assuré par le vide et l'énergie solaire potentiellement abondante.

Pourtant, Matt Garman, PDG d'Amazon Web Services (AWS), tempère fortement l'enthousiasme pour les data centers orbitaux, les jugeant économiquement irréalisables à court terme.

Face aux projets ambitieux de concurrents comme SpaceX et Google, le géant du cloud privilégie une approche terrestre, soulignant les coûts de lancement prohibitifs comme un obstacle majeur à cette vision futuriste de l'informatique.

Une douche froide sur les ambitions spatiales

Lors du Cisco AI Summit, Matt Garman, le dirigeant d'AWS, a jeté un pavé dans la mare. Selon lui, nous sommes « très loin » de voir de tels projets se matérialiser à grande échelle.

Il a pointé du doigt un obstacle fondamental : la logistique et le « coût d'une charge utile » pour atteindre l'orbite, qu'il qualifie de massif. Pour lui, la problématique est simple : tant que le transport spatial restera aussi onéreux, le déploiement de l'intelligence artificielle dans l'espace relève plus de la science-fiction que d'un plan d'affaires viable, pourtant poussé par Elon Musk pour justifier la fusion à venir entre ses entreprises SpaceX et xAI.

Starcloud, l'une des initiative à l'étude pour des datacenters spatiaux

L'argumentaire du patron d'AWS est purement pragmatique. « Je ne sais pas si vous avez vu un rack de serveurs récemment : ils sont lourds », a-t-il rappelé, soulignant le défi physique que représente le fait de lancer en orbite des infrastructures pesant plusieurs tonnes.

Sa conclusion est sans appel : à l'heure actuelle, le concept n'est « tout simplement pas économique », balayant ainsi les calendriers les plus optimistes de ses concurrents.

Une course à l'orbite pourtant bien engagée

Cette prise de position tranche radicalement avec la vision de plusieurs de ses rivaux. En tête de file, on retrouve l'incontournable Elon Musk, qui a récemment orchestré la fusion SpaceX xAI, précisément pour accélérer le développement de capacités de calcul extraterrestres.

Pour lui, la migration est inévitable, car la demande mondiale en électricité pour l'IA ne pourra « tout simplement pas être satisfaite avec des solutions terrestres ».

Et il n'est pas le seul à y croire. Google a dévoilé en novembre son Project Suncatcher, une initiative visant à placer des serveurs en orbite, avec des lancements tests potentiellement dès l'année prochaine.

L'ironie de la situation réside dans le fait que Jeff Bezos, fondateur d'Amazon, explore lui-même ce concept via son autre entreprise, la société aérospatiale Blue Origin.

Le scepticisme du PDG d'AWS semble donc contredire la vision de celui qui l'a précédé, un homme qui partage avec Elon Musk une foi quasi inébranlable dans l'avenir spatial de l'humanité.

Entre vision futuriste et contraintes logistiques

Le fossé entre le rêve et la réalité reste cependant immense. La viabilité économique des centres de données orbitaux dépend presque entièrement de la capacité à réduire drastiquement les coûts de lancement.

Tous les regards sont tournés vers la fusée Starship de SpaceX, qui promet une réutilisabilité complète et une cadence de tirs sans précédent. Mais le développement de ce lanceur super-lourd a pris du retard, et la maîtrise de sa réutilisabilité pourrait prendre encore des années.

Certaines études, comme celles menées pour le projet de Google, estiment que les coûts pourraient chuter à 200 dollars par kilogramme d'ici 2035, rendant l'option spatiale compétitive.

Cependant, cette vision à long terme se heurte au pragmatisme d'aujourd'hui. Pour l'instant, le leader mondial du cloud computing a fait son choix : ses serveurs et ses infrastructures critiques resteront solidement ancrés au sol.