Longtemps resté le maître incontesté des processeurs (CPU), Intel a vu une partie du marché stratégique de l'intelligence artificielle lui échapper. Cet essor a été porté par les processeurs graphiques (GPU), des puces spécialisées dans le calcul parallèle dont Nvidia a fait sa spécialité.

Face à cette nouvelle donne, le géant de Santa Clara a décidé de ne plus rester simple spectateur et de se lancer frontalement dans la course. Intel officialise donc son entrée sur le marché des GPU pour data centers avec l'embauche d'Eric Demers, ancien de Qualcomm, comme architecte en chef.

Un recrutement stratégique pour une ambition nouvelle

La confirmation est venue de la bouche même du PDG, Lip-Bu Tan, qui a révélé avoir recruté un nouvel architecte GPU en chef. L'homme en question est Eric Demers, un vétéran qui a passé plus de treize ans chez Qualcomm. Selon le dirigeant, il aura fallu « un peu de persuasion » pour le convaincre de rejoindre l'aventure, un signe de l'importance de ce recrutement pour l'avenir de la société.

Eric Demers sera placé sous la supervision directe de Kevork Kechichian, qui dirige la division des puces pour data center chez Intel. Ce positionnement hiérarchique envoie un signal fort : l'offensive ne vise pas prioritairement le marché grand public du gaming mais bien le segment professionnel et très rentable de l'IA et du calcul haute performance.

Le data center, nouveau champ de bataille

En ciblant spécifiquement ce secteur, Intel s'attaque à la pierre angulaire de l'empire de son rival. C'est en effet sur ce marché que Nvidia domine sans partage grâce à ses puces devenues indispensables pour l'entraînement des grands modèles d'IA. Le succès de cette initiative sera donc le cœur de la stratégie de reconquête d'Intel dans les années à venir.

La démarche se veut pragmatique : plutôt que d'imposer une solution, l'entreprise entend construire son offre autour des besoins des clients. Le véritable objectif est de s'attaquer au marché des data centers, devenu le nerf de la guerre pour l'IA.

Lip-Bu Tan a précisé que la société travaillait déjà avec plusieurs partenaires pour définir les spécificités des produits à venir.

Entre défis internes et concurrence mondiale

Cette annonce s'inscrit dans un contexte plus large où le fondeur cherche à se réinventer. La division fonderie maison, Intel Foundry, suscite de l'intérêt, notamment pour sa future technologie de fabrication Intel 14A.

Si ce projet se distingue des gammes grand public comme intel ARC, il montre la volonté du groupe de maîtriser toute la chaîne de production pour regagner en compétitivité.

Cependant, le chemin est semé d'embûches. L'entreprise fait face à des défis de production et à une concurrence chinoise de plus en plus pressante. Lip-Bu Tan s'est d'ailleurs dit « choqué » de découvrir que Huawei avait réussi à recruter une centaine de concepteurs de puces de premier plan malgré les sanctions américaines.

Pour Intel, l'heure n'est plus à l'attentisme, mais à l'exécution pour prouver que ce pari sur les GPU peut véritablement rebattre les cartes du secteur. Mais comme sur le segment grand public, l'initiative arrive tardivement alors que plusieurs concurrents ont déjà pris des positions solides sur le marché. 

Certes, Intel a créé des variantes de son architecture graphique Xe pour couvrir tous les usages, dont ceux des centres de données, mais prendre des parts de marché sur ce segment ultra-concurrentiel ne sera pas de tout repos et il faudra ses preuves pour gagner la confiance des clients.