L'arrivée de nouveaux smartphones Motorola, comme les Moto G17 et G17 Power, a mis en lumière une situation pour le moins paradoxale. Alors que l'Europe a mis en place un cadre pour garantir un meilleur suivi logiciel, ces appareils ne recevront aucune mise à jour majeure d'Android. Cette décision, qui semble à première vue contraire à la loi, repose en réalité sur une interprétation très littérale et astucieuse du texte officiel.

Comment une simple conjonction peut-elle tout changer ?

Le cœur du problème réside dans la formulation d'une réglementation européenne pensée pour protéger les utilisateurs. Le texte stipule que les fabricants, « s'ils fournissent des mises à jour de sécurité, des mises à jour correctives ou des mises à jour des fonctionnalités », doivent les rendre disponibles gratuitement pendant au moins cinq ans. C'est le mot « si » qui ouvre la brèche, car il transforme alors l'obligation en condition.

Moto G17 Power

En d'autres termes, la loi n'oblige pas un constructeur à créer des mises à jour. Elle l'oblige seulement à les distribuer gratuitement et durablement s'il décide d'en proposer. Motorola, en choisissant de n'offrir que des patchs de sécurité, se conforme donc à la lettre du texte sans jamais s'engager sur des évolutions de son système d'exploitation.

Quel risque Motorola prend-il avec cette stratégie ?

Si cette manœuvre est légalement défendable, elle représente un pari commercial audacieux. Le suivi des mises à jour logicielles est devenu un argument de vente majeur pour des géants comme Google ou Samsung, qui promettent plusieurs années de nouvelles versions d'Android sur leurs appareils. En se positionnant à contre-courant, Motorola pourrait nuire à son image de marque.

Les consommateurs sont de plus en plus attentifs à la longévité de leurs appareils, et l'absence de nouvelles fonctionnalités peut être un frein à l'achat, même pour des téléphones d'entrée de gamme. La concurrence, comme Xiaomi avec certains de ses modèles, fait des efforts significatifs dans ce domaine et pourrait facilement capter les clients déçus par cette politique de mise à jour minimale.

Motorola Edge 60 Fusion 05

Faut-il craindre un effet domino sur le marché européen ?

La plus grande inquiétude est que d'autres fabricants s'engouffrent dans cette faille. Si Motorola n'est pas inquiété, cela pourrait créer un précédent et inciter d'autres marques à réduire drastiquement leurs engagements pour économiser sur les coûts de développement. La question de la sécurité à long terme est ainsi posée pour des millions d'utilisateurs.

La responsabilité est donc partagée, pointant du doigt les rédacteurs du règlement. Une loi mal écrite ou ambiguë est une porte ouverte aux contournements. L'intention de la Commission européenne était claire : renforcer la durabilité des produits et la protection des consommateurs. Mais l'exécution a laissé une marge d'interprétation trop importante, qui devra sans doute être corrigée pour fermer définitivement cette brèche.