Le partenariat stratégique entre Volkswagen et Rivian, censé résoudre les déboires logiciels du constructeur allemand, rencontre des difficultés majeures d'intégration.

Des retards de développement et des incompatibilités techniques forcent la mise en place d'une task force, mettant en péril le calendrier de lancement de futurs véhicules électriques comme l'ID.1 et la crédibilité de la stratégie du groupe.

Pour comprendre la situation actuelle, il faut se souvenir des échecs passés de Cariad, la division logicielle interne de Volkswagen. Ses difficultés avaient déjà provoqué des reports en cascade pour des modèles clés comme le Porsche Macan électrique et l'Audi Q6 e-tron.

C'est dans ce contexte que l'alliance avec Rivian, scellée par un investissement colossal pouvant atteindre près de six milliards de dollars, a été présentée comme la solution providentielle pour enfin maîtriser l'architecture électronique des futurs véhicules du groupe.

Un décalage technique aux lourdes conséquences

Le cœur du problème réside dans une incompatibilité fondamentale entre les deux univers technologiques. Le logiciel de Rivian est conçu pour une architecture purement électrique, tandis que Volkswagen a besoin d'une solution plus flexible, capable de cohabiter avec des modèles thermiques et hybrides.

Cette divergence oblige le constructeur allemand à maintenir en parallèle sa propre unité Cariad, engendrant des surcoûts se chiffrant en milliards d'euros.

Automated Driving Alliance

Cette situation n'est pas sans effet sur le calendrier des produits. Les difficultés de synchronisation logicielle ont déjà un impact direct sur plusieurs lancements de modèles.

Selon des informations internes, le renouvellement de l'Audi Q8 e-tron et le successeur de l'Audi A4 électrique seraient repoussés à 2028, tandis que le projet de grand SUV phare de Porsche, le K1, serait même indéfiniment reporté, rapporte le site WinFuture.

La tension monte dans les rangs de Wolfsburg

Au-delà des aspects techniques, des frictions culturelles émergent. D'un côté, Rivian prône une plateforme standardisée pour simplifier le développement et réduire la complexité.

De l'autre, les marques premium du groupe, Audi et Porsche en tête, exigent une plus grande flexibilité pour intégrer des fonctionnalités et des interfaces spécifiques. Cette guerre de clochers a nécessité des réunions de crise au plus haut niveau, impliquant les PDG des deux entreprises.

Rivian RAP1 processeur IA

Rivian a pris un virage vers les puces IA

Si la direction de Volkswagen maintient publiquement que la collaboration se déroule comme prévu, en interne, l'évaluation serait bien différente. Des cadres dirigeants décrivent une situation bien plus critique, l'un d'eux qualifiant même le succès de cette coopération de "décisif pour la stratégie" future du groupe. Une cellule de crise a d'ailleurs été mise sur pied pour tenter de redresser la barre.

Entre restructuration et avenir incertain

Ces difficultés logicielles s'ajoutent à une pression sur les coûts déjà intense. Thomas Schäfer, à la tête de la division des marques de volume (VW, Škoda, Seat/Cupra), a annoncé un plan de restructuration drastique visant à supprimer un tiers des postes au sein des comités de direction de ces marques.

Ce nouveau modèle de pilotage centralisé doit permettre d'économiser près d'un milliard d'euros d'ici 2030.

L'année 2026 s'annonce donc comme un véritable test de vérité. La capacité de Volkswagen à intégrer la technologie de Rivian et à respecter l'échéance de 2027 pour son modèle électrique accessible, l'ID.1, sera déterminante.

Un nouvel échec sur le front du logiciel pourrait gravement entamer la compétitivité du groupe face à des concurrents comme Tesla et les constructeurs chinois, de plus en plus agiles.