C'est la fin d'une ère. La collaboration de douze ans entre le pionnier de l'IA et le géant de la tech prend fin sur fond de désaccords multiples. Loin d'une simple transition de carrière, ce départ marque une rupture idéologique majeure dans un secteur en pleine ébullition. Le chercheur français a détaillé ses motivations, révélant des tensions bien plus profondes qu'imaginé au sein de l'un des GAFAM les plus puissants.
Quel désaccord stratégique a poussé Yann Le Cun à partir ?
Le principal point de friction est d'ordre idéologique. Yann Le Cun dénonce ce qu'il qualifie de « comportement grégaire » de la Silicon Valley, où tous les acteurs majeurs se sont lancés dans une course effrénée aux modèles de langage (LLM) par simple peur d'être dépassés. Selon lui, Meta a opéré un revirement brutal, dicté par la panique de rattraper son retard sur OpenAI et Google.
Il considère cette focalisation sur des technologies comme ChatGPT ou Gemini comme une impasse vers une véritable intelligence artificielle. Il qualifie d'ailleurs ces systèmes d'« intelligence étroite », estimant qu'ils aspirent toutes les ressources au détriment de projets bien plus ambitieux et nécessaires pour l'avenir de la discipline.
Quelles sont les motivations politiques derrière ce choix ?
L'autre motivation est plus personnelle et politique. Le chercheur, très critique envers Donald Trump et des figures comme Elon Musk, exprime une vive inquiétude face à la « dérive autoritaire » qui menace les États-Unis. Il craint l'impact sur la démocratie d'une IA monopolisée par une poignée d'acteurs américains ou chinois, partageant la même vision du monde.
En choisissant d'installer sa nouvelle entreprise à Paris, il répond à un besoin de « diversité » culturelle et politique dans le développement de ces technologies. Yann Le Cun n'hésite pas à comparer l'atmosphère actuelle de la tech américaine, où des patrons s'alignent derrière Trump par peur de représailles, à celle des années 1930.
Quelle est l'ambition de sa nouvelle start-up, AMI ?
Pour concrétiser sa vision, le chercheur ne part pas de zéro. Sa nouvelle structure, baptisée AMI pour Advanced Machine Intelligence, serait dotée d'un financement estimé à 500 millions d’euros. L'équipe est déjà composée de profils de premier plan, comme Laurent Solly, l'ex-directeur de Meta France, ou encore Alex LeBrun, fondateur de la start-up Nabla.
L'objectif est clair : déclencher la « troisième révolution de l’IA ». Contrairement aux géants comme Meta, AMI ne se concentrera pas sur le langage, mais sur la création d'intelligences artificielles capables de comprendre le monde physique. Les applications visées sont concrètes et se tournent vers l'industrie et la robotique, avec des avancées promises d'ici quelques années.