L'Agence spatiale européenne (ESA) a dévoilé une feuille de route historique pour l'année 2026, projetant un volume d'activité jamais atteint. Lors d'une conférence de presse à Paris, son directeur général Josef Aschbacher a annoncé un objectif de jusqu'à 65 lancements qui pulvériserait le précédent record de 46 établi en 2025.

Cette accélération spectaculaire s'appuie sur un budget conséquent de 8,26 milliards d'euros, signalant une prise de conscience des enjeux stratégiques liés à l'accès à l'espace.

Une feuille de route budgétaire au service de l'autonomie

Le budget alloué pour 2026 n'est pas qu'un simple chiffre ; il traduit des priorités claires. Près de 30 % de l'enveloppe, soit 2,4 milliards d'euros, seront consacrés à l'observation de la Terre.

Ce secteur est jugé vital pour le suivi climatique, la gestion des ressources et le développement d'applications économiques. L'ambition est totalement opposée à celle de Donald Trump pour la NASA qui applique sa vision climatosceptique en mettant fin à tous les programmes d'observation de la Terre et du changement climatique.

Ce financement soutiendra notamment le déploiement de 48 nouveaux satellites, dont la constellation italienne Iride et un projet pour la Grèce, illustrant une dynamique de coopération intra-européenne.

Les autres postes budgétaires confirment cette orientation vers la souveraineté technologique et les infrastructures critiques. Plus de 1,2 milliard d'euros iront à la navigation, notamment pour renforcer le système Galileo avec des démonstrateurs en orbite basse, tandis que les communications et l'exploration humaine et robotique recevront respectivement 996 et 818 millions d'euros.

L'agence spatiale européenne veut garantir à l'Europe une résilience et une autonomie accrues face aux dépendances géopolitiques.

Lanceurs et astronautes : les fers de lance de l'Europe

Après des années de transition délicates, l'ESA affiche un optimisme renouvelé concernant ses lanceurs. La montée en cadence de la nouvelle fusée Ariane 6 et de Vega-C est une priorité absolue pour assurer un accès indépendant à l'espace.

Un tir majeur d'Ariane 64, sa version la plus puissante, est d'ailleurs attendu dès la mi-février pour mettre en orbite des satellites de la constellation Kuiper / Leo d'Amazon, un contrat commercial majeur qui démontre la compétitivité retrouvée du lanceur européen.

L'année sera également marquée par une forte dimension humaine avec la mission Epsilon. L'astronaute française Sophie Adenot doit s'envoler vers la Station spatiale internationale (ISS) à bord d'une capsule Crew Dragon, avec une fenêtre de lancement s'ouvrant le 15 février.

Son séjour, qui pourrait durer jusqu'à huit mois, est très attendu, non seulement pour les expériences scientifiques qui y seront menées, mais aussi pour son rôle d'inspiration, notamment auprès des jeunes générations.

Au-delà de l'orbite basse, la science comme horizon

L'ambition européenne ne s'arrête pas à l'orbite terrestre. L'ESA reste un partenaire incontournable des grandes missions d'exploration internationales. Sa participation au programme lunaire de la NASA est cruciale, avec la fourniture du module de service ESM pour la capsule Orion de la mission Artemis II.

Ce vol habité, prévu pour le premier ou deuxième trimestre, emmènera quatre astronautes nord-américains pour un survol de la Lune, une étape clé avant un retour sur le sol lunaire.

Le calendrier scientifique est tout aussi dense. La mission Smile, menée avec la Chine, étudiera l'interaction entre la magnétosphère et le vent solaire. En Sicile, le télescope FlyEye sera inauguré pour la détection systématique des astéroïdes géocroiseurs, un enjeu de protection planétaire.

Enfin, l'année se terminera par deux rendez-vous majeurs : l'arrivée de la sonde Hera près de l'astéroïde Dimorphos pour analyser les effets d'un impact de la NASA, et la mise en orbite de Bepi-Colombo autour de Mercure. Avec cette feuille de route, l'Europe ne se contente pas de suivre ; elle entend bien écrire les prochaines pages de la conquête spatiale.