Avec sa voix suave et ses mélodies jazzy, Sienna Rose est rapidement devenue un phénomène sur les plateformes de streaming. Trois de ses titres ont intégré le prestigieux classement « Viral Top 50 » de Spotify, et son morceau phare, « Into the Blue », dépasse les 5 millions d'écoutes. Pourtant, derrière ce succès fulgurant se cache une réalité troublante : Sienna Rose n'existe pas.
Comment une artiste fantôme a-t-elle pu devenir si populaire ?
Le succès de Sienna Rose repose sur une production musicale prolifique et une esthétique soignée, mais plusieurs indices ont semé le doute. L'artiste n'a aucune présence sur les réseaux sociaux, n'a jamais donné de concert et a publié pas moins de 45 morceaux en l'espace de quelques mois, un rythme de production surhumain. Cette absence totale de vie publique, couplée à des visuels aux allures génériques, a rapidement alerté les auditeurs les plus attentifs.
La controverse a pris une autre dimension lorsque la pop star Selena Gomez a utilisé l'une de ses chansons dans une publication Instagram, avant de la retirer face aux interrogations grandissantes. La confirmation est finalement venue de la plateforme concurrente Deezer, qui a révélé que la majorité des titres de Sienna Rose étaient bien détectés et identifiés comme étant issus d'une intelligence artificielle.
Quels sont les signes qui trahissent une création par l'IA ?
Au-delà du manque d'incarnation de l'artiste, des « artefacts » sonores spécifiques ont été relevés dans ses compositions. De nombreux auditeurs ont noté un léger souffle continu ou un sifflement en arrière-plan de certains morceaux. Ce défaut est typique des outils d'intelligence artificielle comme Suno ou Udio, qui génèrent de la musique en partant d'un bruit blanc qu'ils raffinent ensuite progressivement.
Selon Gabriel Meseguer-Brocal, chercheur chez Deezer, ces imperfections agissent comme une véritable signature numérique. « Quand le logiciel ajoute toutes les couches et les instruments, il introduit des erreurs », explique-t-il. Ces anomalies, imperceptibles pour une oreille non avertie, sont facilement repérables par des opérations mathématiques et permettent non seulement d'identifier une musique synthétique, mais parfois même l'outil précis qui l'a créée.
Quel avenir pour la musique face à cette vague de contenus synthétiques ?
Le cas Sienna Rose illustre une tendance de fond qui inquiète l'industrie musicale. Lancer un artiste IA ne coûte presque rien, mais les revenus peuvent être conséquents, estimés à plusieurs milliers d'euros par semaine pour cette artiste virtuelle. Selon Deezer, pas moins de 34 % des nouveaux morceaux envoyés quotidiennement sur sa plateforme sont générés par IA, soit environ 50 000 titres par jour.
Face à ce déluge, les plateformes de streaming adoptent des stratégies divergentes. Tandis que Bandcamp a décidé d'interdire purement et simplement la musique majoritairement générée par IA, Spotify autorise ces contenus tout en luttant contre les imitations frauduleuses d'artistes existants. De son côté, Deezer s'engage dans une démarche de transparence en identifiant ces titres et en les excluant de ses recommandations éditoriales.