C'était un moment de vérité pour les pionniers de la conduite autonome. Devant la commission du Commerce du Sénat américain, les représentants de Waymo et Tesla ont plaidé pour une accélération législative. L'objectif : déployer plus rapidement leurs technologies sur les routes du pays. Ils ont martelé qu'un cadre réglementaire fédéral était indispensable pour que l'Amérique conserve son leadership face à la concurrence internationale. Pourtant, après deux heures d'échanges intenses, le constat est sans appel : les sénateurs sont profondément divisés et un accord semble plus lointain que jamais.

Pourquoi la sécurité reste-t-elle le principal point de blocage ?

La sécurité a été le maître-mot de l'audition, et le principal sujet de préoccupation des élus. Si les deux entreprises affirment en faire leur priorité absolue, elles ont été épinglées concernant des défaillances précises. La sénatrice Maria Cantwell a notamment fustigé le marketing trompeur de Tesla concernant sa technologie « Autopilot », utilisée sans supervision humaine adéquate. Elle a souligné que sans garde-fous fédéraux, les États sont contraints de légiférer dans leur coin, tandis que l'agence fédérale de sécurité routière (NHTSA) manque cruellement de personnel pour mener ses enquêtes.

Tesla Model Y Standard 02

Le cas de Waymo a également été examiné à la loupe, avec des questions insistantes sur des incidents spécifiques. Les sénateurs ont rappelé plusieurs cas où ses véhicules n'ont pas respecté l'arrêt obligatoire derrière des bus scolaires au Texas. Pire encore, ces manquements ont persisté même après une prétendue mise à jour logicielle corrective. Ces exemples concrets ont alimenté le scepticisme général quant à la maturité et la fiabilité de la technologie en conditions réelles.

Quels autres enjeux inquiètent les sénateurs ?

Au-delà des accidents, la question de la responsabilité légale en cas de crash hante les législateurs. Qui est responsable ? Le constructeur, le développeur du logiciel ou le propriétaire ? Le sénateur Bernie Moreno a fermement dénoncé la tendance des entreprises à se réfugier derrière de longues conditions générales ou des clauses d'arbitrage pour limiter leur redevabilité. Si les dirigeants de Waymo et Tesla ont assuré que leurs compagnies assumeraient la responsabilité en cas de faute de la technologie, leurs réponses n'ont pas totalement convaincu.

L'autre dossier brûlant est géopolitique. La menace chinoise a été évoquée à de multiples reprises, les industriels avertissant que sans action du Congrès, les États-Unis risquaient de se faire doubler. Un point de friction particulier a concerné la décision de Waymo d'utiliser des véhicules fabriqués en Chine (par Geely) pour sa nouvelle flotte de robotaxis. Bien que Waymo ait assuré que tout le logiciel était retiré et remplacé aux États-Unis, l'idée de créer un « marché naturel » pour un constructeur chinois a été jugée « ridicule » par un sénateur, soulevant des questions de sécurité nationale.

Tesla Model Y Juniper habitacle

La technologie est-elle vraiment prête pour un déploiement massif ?

Les détails techniques ont aussi fait l'objet d'un examen critique. Le sénateur Ed Markey s'est alarmé de la pratique des opérateurs à distance, qui peuvent prendre la main sur un robotaxi en difficulté. Il a critiqué Waymo sur le fait que certains de ces opérateurs soient basés à l'étranger, notamment aux Philippines, s'interrogeant sur les risques de latence, de cybersécurité et sur l'externalisation d'emplois critiques pour la sécurité.

Le même sénateur a ensuite porté une attaque frontale contre Tesla, lui reprochant de ne pas imposer de limitations géographiques à ses fonctionnalités « Autopilot » et « Full Self-Driving ». Selon lui, en ne définissant pas un domaine de conception opérationnel précis, contrairement à toutes les autres entreprises du secteur, la société d'Elon Musk bafoue les pratiques de l'industrie. Il a conclu en affirmant que Tesla « mettait en danger la vie des Américains », qualifiant cette approche d'« inadmissible ».

Source : Reuters